Épurer

Apres les couleurs vives la naissance des gris et des lumières.

Comment retirer non pas le bon grain de l’ivraie, le bon du mauvais, le trop lourd du  trop léger, le trop vif du trop  terne mais le plus harmonieux de l’harmonieux. Comment trouver l’essence ?

C’est une question majeure pour moi et j’avoue me laisser déborder encore souvent par les couples dualistes que j’évoque plus haut.

S’il est vrai qu’il faille choisir, extraire, séparer, décider je me rend compte au fur et à mesure de mon chemin que je ne suis pas seul à le faire. Si la peinture était une prière adressée à l’univers quel serait le but de cette prière sinon de constater la perfection de celui ci et lui rendre hommage.

Ainsi tout au long de ces voyages, de ces traversées de rectangles et de carrés ai je bourlingué, essuyant à peu près toutes les météos externes et internes. 

Avec le temps j’ai l’impression de me dépouiller comme un oignon de ses multiples peaux.Un rêve de germe éclate lentement et atterri sur mes toiles et les vide elles aussi de toute contingence d’anecdote, d’un superflu qui hier encore m’apparaissait essentiel.

D’ailleurs dans chaque toile désormais c’est la réalisation de mon parcours d’homme que je retrouve:

le côté  » j’m’en fouriste » de ma jeunesse sans lequel aucune toile ne  peut commencer . Cette immense liberté que l’on sent sourdre en soi à 20 ans je la retrouve dans les gestes sans hésitation sans obstacle. Tout ne serait il pas possible au début ? Puis viennent les doutes, le diable mon ami et saint Antoine mon frère.

Bien sur que oui  tout est possible mais une histoire ne se suffit pas d’un bon début, il lui faut du corps du coeur et un peu de tête aussi. Je peine encore bien sur sur la tête, et parfois aussi sur le coeur certains jour de blues.

Dans ces moments maussades je suis bien un homme comme tous les autres, un homme au travail débarrassé de toutes mes impostures et j’en tire une joie profonde qui m’aide à passer les caps. Car c’est aussi dans le maussade, le vilain temps, peut-être surtout là que se jouent les choix, comme les désirs d’épure entre harmonieux et harmonie.

Le découragement

 

Il peut t’arriver parfois d’être découragé par le résultat de ton travail. Sache que c’est plutôt une bonne chose que ce découragement car il te permet de te remettre en question et pour un artiste c’est une sorte de respiration.

La certitude est nocive dans le sens ou elle te prive de prendre de nouveaux risques.

Le doute est un moteur qui parsème ton parcours d’artiste d’obstacles, de soucis, d’émotions négatives et positives. De la même façon qu’une oeuvre se construit.

Et en fait l’oeuvre comme la vie ne veulent qu’une seule chose : l’équilibre.

Le découragement est souvent  le pendant d’un excès d’enthousiasme. Du coup on ajuste petit à petit l’organisation du tableau , son contraste, sa tonalité, le lourd et le léger, le doux et le rugueux.

Plus que la beauté ( qu’est ce que la beauté ?) c’est cette impression d’équilibre qui réconforte, qui déclenche l’émotion chez le spectateur.

Et l’équilibre cela n’a rien à voir avec la symétrie. Ce n’est pas autant de lourd que de léger, autant de joies que de peines, autant de jours de vaches maigres  que de jours sans soucis financiers.

Quand on marche on risque à chaque instant de se casser la figure. On finit par l’oublier mais c’est le déséquilibre qui provoque l’équilibre.