La précision et le flou

Hier je t’ai parlé de l’importance du choix des valeurs sur lesquelles on s’appuie en dessin, en peinture et dans notre vie en général. Voici le lien de l’article si tu ne l’as pas encore lu : https://peinturechamanique.blog/2020/10/23/valeurs/

Aujourd’hui j’aimerais te parler de l’importance du précis et du flou dans la peinture. Dans ce que j’ai appris il est d’usage d’utiliser la précision pour attirer l’œil du spectateur sur le sujet principal d’un tableau alors que peu à peu les contours des formes installées sur les plans moyens et lointains s’atténuent de plus en plus pour parvenir à un flou. D’ailleurs tu as peut-être déjà entendu parler de ce fameux « flou artistique » qui est considéré souvent comme une blague, et sous cette blague un critique à peine voilée du manque de sens d’une œuvre.

Si rien n’est précisé, si tout est flou, cela ne capte pas l’attention vraiment et même rebute l’esprit généralement.

Il n’y a pas que dans la peinture figurative que cette loi du précis et du flou est observable. Dans la peinture abstraite il y a bien sur aussi une nécessité d’attirer le regard sur certaines parties d’un tableau en premier lieu puis à l’appui de cette sensation de précision emmener peu à peu le spectateur vers des zones plus floues plus confuses pour conférer à l’ensemble une « profondeur ».

L’utilisation du précis et du flou est donc un moyen d’installer de la perspective dans un tableau.

Dans notre vie de tous les jours il en va également de même concernant les objectifs que nous plaçons comme jalons pour atteindre à un but. Le premier étant plus ou moins précis puisque c’est celui dont nous nous occupons en premier.

En ce qui me concerne pendant longtemps je n’ai pas su regarder plus loin que le bout de mon nez. Seuls les objectifs immédiats pouvaient à la rigueur être dotés de précision.

Comme manger, trouver un toit et dormir et occuper mes journées à ne pas trop me taper la tête contre les murs.

Durant des années cela m’a convenu et je n’avais pas besoin de me projeter plus loin. Je confondais tout un tas de choses parce que je m’étais donné l’objectif de créer soi des textes soi des peintures. tout le reste je n’avais pas vraiment envie de m’y intéresser.

En tâche de fond de ces objectifs il y avait une quête, confuse aussi. Quête de bonheur, quête d’amour, quête de reconnaissance. Mais à l’époque, toutes ces choses que j’appelle désormais ainsi je refusais de m’y intéresser autrement que par hygiène si je peux dire.

Je ne voulais pas être comme tout le monde, c’est à dire à l’époque mes parents, mes grand parents, mes oncles, bref le petit cercle familial et des proches que je confondais avec le monde.

Ce monde dont je te parle n’avait guère que deux mots clefs en bouche : le possible et l’impossible et toute leur vie était basée je crois sur ces deux mots.

Evidemment ils ne s’attachaient qu’au possible et réfutaient systématiquement l’impossible.

Naturellement écrire et peindre était pour eux une chose impossible à considérer avec sérieux. Comment allais je gagner ma vie, rien n’était sérieux de ce que j’émettais à voix haute comme projet et buts de ma vie à leurs yeux.

La seule chose vraiment précise était cette déclaration mondiale si je puis dire d’une impossibilité dans laquelle j’avais choisi de m’engouffrer à tort. Et je crois que par pure obstination, pour tenir tête à tout ce petit monde, pour avoir raison aussi, je me suis beaucoup acharné à poursuivre mon chemin dans le sens inverse de ce qui m’était proposé

Avoir un boulot, une carrière, , un crédit sur 30 ans pour acheter une maison, une bagnole, de l’épargne, une famille, des enfants , tout cela me passait au dessus le tête. Je pensais pouvoir faire bien mieux de ma vie.

Cela aurait pu fonctionner merveilleusement bien si j’avais été plus vigilant vis à vis de la notion de perspective, vis à vis de la précision et du flou qui constitue la perspective d’une existence.

Mais qui donc nous enseigne tout cela ? Surement pas l’école qui ne produit que des gens obéissants et qui deviendront des ouvriers, des employés obéissants qu’on rétribueras aves des bons points et des images d’une façon tellement méprisante lorsqu’on y pense vraiment.

L’école ne pouvait donc pas enseigner la perspective, la précision et le flou à l’indocile chronique que j’étais. Il me fallait trouver mes propres maitres, mon propre enseignement et pour cela il ne suffit que de le demander.

Lorsqu’on formule un souhait, même seul en plein désert, même au plus profond des forets, là où on croit être si seul qu’on se pense fou, ce souhait recevra tôt ou tard sa réponse.

Le vrai problème d’ailleurs n’est pas d’obtenir une réponse que de bien formuler le souhait.

Car on peut souhaiter plein de choses et obtenir pour chacun d’eux tout un tas de réponses. Encore faut il savoir les reconnaitre ces réponses et comprendre qu’elles ne sont que le reflet d’une absence de précision de départ.

Etre précis dans un souhait, être précis dans un sujet de tableau c’est un peu la même chose si tu veux.

Il y a tellement eut de souhaits, tellement eut de tableaux déjà … qu’ils sont devenus des clichés finalement c’est à dire des souhaits et des tableaux qui ne t’appartiennent pas, qui sont plutôt issus du préjugé collectif. d’une sorte de « il faut » commun.

Parvenir déjà à saisir cela représente pour beaucoup déjà un pas important, énorme.

Quel est le vrai souhait alors ? Celui qui t’appartient à toi en propre ? C’est comme le vrai tableau celui que tu n’as jamais encore réalisé qui se dissimule sous tous les autres que tu ne peux plus voir « en peinture » tellement tu les as déjà vus.

Plus tu es intelligent, plus c’est compliqué et flou car tu vas te perdre, t’égarer bien des fois pour trouver le chemin qui te convient.

Les gens simples ne se posent pas autant de question, ils suivent des modèles, des stratégies utilisés par d’autres et qui ont fait leurs preuves.

Cela fonctionne toujours bien mieux lorsque on décide d’être simple. C’est une claque pour l’esprit qui aime se compliquer la vie comme s’il s’agissait d’un jeu. Une claque qui peut remettre les idées en place ça s’appelle une leçon.

Pourtant la simplicité une fois qu’on a compris la puissance de ce mot pour certains têtus et obstinés, ne peut être acceptée qu’au bout d’une boucle d’expériences parfois difficiles douloureuses . On se dit mais non c’est trop facile, c’est ce que tout le monde fait ou souhaite, je ne veux pas de ça et on invente un autre chemin pour arriver finalement à strictement la même chose : la simplicité.

Et qu’est ce que c’est que cette simplicité si on y pense vraiment ? Ce n’est rien d’autre que de la précision. Tout le flou a disparu d’un seul coup.

Comme sur un dessin d’enfant.

C’est à dire qu’il n’y a plus besoin d’artifice pour exprimer la profondeur, plus de martingale à inventer pour attirer la chance, plus de perspective et de ligne de fuite fumeuses, plus d’illusion stérile.

Tout est alors limpide et clair sur un même plan, sans ruse ni tricherie, sans se leurrer soi-même non plus et en premier.

Quand je revisite les photographies des tableaux de mon ami Thierry Lambert, quand j’observe la précision de ses dessins sur l’espace tout entier de la feuille je sais que j’ai encore beaucoup beaucoup à apprendre, à creuser sur la notion de précision et de flou et tout ce qu’elles engagent dans une vie et dans une œuvre qu’elle qu’elle soit.

Abandonner

Ce verbe ne cesse en ce moment d’être obsédant. Toute la pensée tourne autour de cet œuf, de son mutisme. Abandonner, tout quitter, déserter, lâcher prise, un mot qui se détache de l’arbre et voltige au ralenti dans l’air d’octobre. Il me semble qu’il ne reste que peu de temps toujours pour résoudre en poudre les questions qu’il fait naître. Une urgence.

Bientôt ce sera fini. Il rejoindra le sol et se mêlera à jamais à tous les autres mots vidés de leur substance. Une décomposition inéluctable emportera tous les secrets du mouvement qu’il aura déclenché depuis l’origine de la vie toute entière.

Lorsque Patrick Robbe Grillet surgit sur mon écran entre deux diapositives ou deux phrases inscrites sur l’abandon en peinture, je fixe son visage, son regard et fais abstraction du tract qu’il peut ressentir en réalisant ses vidéos. Je me demande de quoi il est en train de parler lorsqu’il me parle d’abandon.

Est ce qu’il quitte quelque chose ou est ce qu’au contraire par l’abandon il tente de rejoindre quelque chose ?

Et d’ailleurs pourquoi ces vidéos pourquoi ce besoin de vouloir expliquer sa démarche ainsi au monde entier ? ce sont les mêmes questions que je me pose évidemment et la raison même de mon silence sur ma chaine Youtube en ce moment.

Quelque chose est en suspens en ce moment dans la peinture comme dans mon existence toute entière lié à ce terme d’abandon.

Est ce que j’abandonne pour fuir ?

Est ce que j’abandonne pour me rapprocher ?

tout le problème semble résider dans la notion de distance entre présence et absence de ce qui est abandonné et celui qui abandonne.

Ce n’est pas tant l’acte d’abandonner le plus important mais tout ce qui semble le provoquer en amont et aussi le but, l’objectif qu’on s’imagine atteindre ce faisant.

Un tableau.

Quelque chose cloche sans que je ne puisse vraiment savoir quoi exactement et sans doute que ce flou est la source même de mon obsession du moment.

A mon sens on ne peut pas abandonner pour obtenir quoi que ce soit. Ce serait une sorte de martingale, une tentative de contrôler le hasard d’expérience vouée à l’échec.

Cet échec n’empêche pas l’obtention d’un tableau digne de ce nom. Et c’est même là la perversité du mécanisme. On pourrait très bien s’arrêter ainsi. Se satisfaire du résultat premier de l’abandon comme d’une finalité.

A mon sens la présence du tableau alors devient comme l’ombre d’une absence. Cette absence qui surgit directement de l’écart produit par un abandon chargé d’une telle intention.

Et, au bout du compte l’abandon ainsi utilisé risque de n’être qu’un truc, un outil rituel n’ayant pas moins d’intérêt ni plus que de s’accrocher à un thème, à une idée pour réaliser une œuvre.

Je me demande si je ne confonds pas l’abandon avec cette sorte d’audace que possèdent les timides. Admettons qu’il ne s’agisse alors que de cette confusion de sens. Nous n’oserions pas peindre dans notre entièreté. Il faudrait que nous imaginions avoir à nous débarrasser d’une part encombrante, gênante, pour obtenir l’immédiateté.

Il faudrait nous débarrasser de tout ce qui en chacun de nous fabrique le temps dans l’espoir de retrouver l’éternité.

Quelle part de mensonge contient encore cette proposition ? Quelle part de vanité et d’orgueil ? Quelle part de folie ?

Et cependant nous en avons bel et bien une intuition.

Nous avons l’intuition que quelque chose en nous freine l’acte de peindre et qu’il s’associe à la pensée et au temps crée par celle ci dans l’écoulement incessant des jugements.

Peut-être alors que c’est seulement mon coté extrémiste qui me fait tournoyer autour de certains mots ainsi comme s’il s’agissait toujours de vie et de mort. Comme si un mot était capable en épuisant toutes ses définitions possibles de mener à la vision la plus juste de la sensation qu’il dissimule.

Et qu’une fois celle ci atteinte on ne puisse justement plus en parler du tout. Qu’une telle exploration au bout du compte ne puisse mener qu’au silence.

Ce silence, le même exactement dans lequel tout s’engouffre et qui m’indique qu’une toile touche à sa fin.

Le petit sentier #7

Visualisation

On ne va pas se mentir, l’une des raisons sinon La raison principale pour laquelle certains d’entre nous ne parviennent pas à peindre une oeuvre nouvelle, originale, qui ressemblerait vraiment à ce que nous sommes à l’intérieur, c’est que nous ne savons pas visualiser ce qu’elle pourrait être.

C’est à mon avis le premier stade de l’humilité en matière de créativité. Prendre vraiment conscience de cette incompétence.

La plupart du temps nous bottons en touche en disant, « je ne sais pas », « je n’y arrive pas », « je ne sais pas trop où je vais » où encore  » faisons confiance au hasard »,  » partons à l’aventure on verra bien » et le résultat a toujours plus ou moins quelque chose de décevant si nous sommes vraiment honnêtes avec nous mêmes, car ce n’est pas nous qui avons réalisé l’oeuvre vraiment, c’est plus un coup de chance, un hasard justement et nous nous sentons « dépossédé » de quelque chose.

En même temps dans mon expérience de peintre qui a énormément compté sur le hasard j’ai énormément appris de choses sur le hasard lui même et sur la façon de se connecter à celui ci au plus près. Mais cela je ne l’ai pas fait en quelques jours, il m’aura fallu des années de travail.

Et s’il m’a fallu tant de temps je crois que la raison principale est une forme d’ignorance, de prétention ou d’orgueil avec son pendant immédiat, sa source, le manque de confiance en moi et la sensation perpétuelle d’avoir à affronter un vide mal déterminé, illimité.

Pour m’en sortir j’ai utilisé tout un tas de trucs de stratégies plus ou moins foireuses mais cela ne changeait rien à l’essentiel, d’où venait ce manque de confiance et comment le regarder dans le blanc des yeux vraiment.

Car c’est très facile aussi de dire « je n’ai pas confiance en moi » que ce soit à voix haute ou dans un continuel monologue intérieur, ça ne permet nullement de l’accepter vraiment, profondément. Donc la première chose à faire à mon avis c’est cela c’est prendre conscience vraiment de son incompétence, non pas comme un drame, une tragédie, quelque chose de honteux, de culpabilisant, mais plutôt comme un état de fait, un point de départ.

Une fois que l’on sait vraiment d’où l’on part il faut aussi se demander où on veut aller.

Cette question aussi prend parfois un temps dingue. En ce qui me concerne j’ai eu envie d’aller partout dans le domaine de la peinture, j’ai testé tout un tas de manières, de styles, de techniques, sans jamais me poser cette question essentielle de savoir où je désirais vraiment aller dans mon art.

Il s’en est suivi des quantités incroyables de tableaux, de dessins, de travaux plus ou moins aboutis qui sont restés longtemps dans les tiroirs ou sur les étagères de la pièce dans laquelle je stock mes tableaux.

Quand on ne sait pas d’où on part et qu’on ne sait pas où aller, dans n’importe quel domaine que ce soit, il est certain que l’on courre à la catastrophe.

Cette catastrophe elle est arrivée plusieurs fois sous la forme de dépression, de colère, de rage, toutes les manifestations de l’impuissance en somme.

Et puis à un moment donné la répétition devient fatigante alors on est obligé de se calmer de se poser et de réfléchir un peu différemment.

Une des clefs que j’ai pu trouver pour commencer à devenir constructif en peinture c’est la visualisation.

C’est à dire commencer à imaginer une oeuvre dans ses grandes lignes tout d’abord, selon un format, une gamme de couleurs chaudes ou froides, et puis peu à peu comme on tourne la bague de mise au point d’un objectif d’appareil photographique accroitre la netteté, la précision, le détail.

C’est quelque chose que tout le monde peut faire, que tout le monde fait même sans s’en apercevoir la plupart du temps, mais souvent hélas pour les choses négatives.

Nous sommes tout à fait habitués à visualiser les pires choses qui pourraient nous arriver, et c’est d’ailleurs sur cette faculté d’imagination que se fondent les assurances de tout poil pour nous attirer.

Au besoin les scénarisations de tragédie hypothétique peuvent aussi être employées à des fins de prévention dans le domaine de la sécurité routière, dans la sécurité des centrales nucléaires , dans le domaine bactériologique, dans le domaine politique également quand on veut nous faire peur par exemple avec « l’invasion des migrants » et ainsi obtenir plus d’électeurs en faveur de la « fermeture des frontières » etc, etc.

La visualisation n’est donc pas un outil qui nous est étranger. Cependant que nous ne savons pas le contrôler en notre faveur, à notre avantage.

Visualiser de mieux en mieux et à notre profit cela s’apprend, il y a des techniques de visualisation bien sur et l’on peut encore perdre un bon bout de temps à tenter d’aller chercher chez les autres ce que nous ne voulons pas chercher en nous-mêmes.

A mon avis si nous arrivons à comprendre la moindre ligne d’un livre c’est que nous avons déjà la connaissance de ce dont ce livre parle. Une connaissance intuitive la plupart du temps non analysée par la pensée, par le décorticage, et lire un livre nous permet alors d’effectuer comme une vérification et une synthèse de cette intuition première, une actualisation d’une très ancienne connaissance et qui peut désormais être verbalisée, utilisée.

Donc on peut avoir besoin de livres, de vidéos, de podcasts sur la visualisation pour tenter d’actualiser toutes nos connaissances dans la matière. Cela évidemment nous apportera une foule d’informations plus ou moins contradictoires les unes les autres et nous resterons encore bloqués. Car recueillir l’information ne suffit pas, encore faut-il savoir la trier, la classer, prioriser l’important l’essentiel, de l’inutile et ce non d’un point de vue général, mais de notre propre point de vue.

Cela demande d’avoir évidemment un point de vue sur la question… et comment en obtenir un fiable sinon en passant à l’action, en expérimentant ce que l’on croit avoir compris pour décider déjà si on a bien comprit et si cela nous apporte vraiment quelque chose.

Ainsi en écrivant le mot visualisation tout en haut de cet article, je n’avais pas du tout d’idée générale, je ne visualisais pas l’ensemble des idées de cet article, je n’ai pas fait de plan, j’ai fait comme d’habitude, en écrivant au fur et à mesure ce qui me passe par la tête.

Je vous l’avoue j’adore écrire comme ça, c’est la partie la plus facile en fait.

Mais quelle serait la forme de cet article si tout à coup je tentais d’en organiser les idées par ordre d’importance personnelle ? En cherchant quelques références sur le net sur ce qu’est la visualisation, en l’illustrant de photographies, de graphiques, de chiffres … en détachant chaque sous partie avec une police grasse qui attire l’oeil et révèle ainsi l’essentiel à celui qui a un regard exercé?

Est ce que vous le voyez cet article lorsque je vous en parle de cette façon ?

Bravo alors tu viens de comprendre ce que je voulais dire par visualisation.

Oui bon d’accord, mais concrètement comme s’y prendre pour peindre ?

Ok il y a plein de portes d’entrées et je ne vais pas les citer ici pour ne pas alourdir de trop cet article.

Je vais juste proposer un exemple.

Les poètes et la poésie en général est un très bon vecteur de visualisation pour peindre des œuvres d’imagination, il suffit d’ouvrir un livre ou de chercher un peu sur internet et trouver un texte qui nous fait vibrer et le lire à haute voix plusieurs fois, nul doute qu’ainsi ne se forme dans votre esprit des images, et mêmes des sons, comme une musique, qui pourraient alors devenir le support d’un tableau à venir.

Dans cet exemple le critère de réussite personnelle que vous pourriez alors décider c’est que le tableau vous procure le même type d’émotion que le poème, ou plus simplement si vous le placer à coté de celui ci relisez à nouveau à voix haute, et sentez si ça matche …

La visualisation est comme le sport il ne faut pas espérer courir un marathon quand vous n’avez jamais courru. Il faut s’y prendre progressivement, doucement, petit pas après petit pas. Le choix des formats sur lesquels vous désirerez de vous entraîner peu s’avérer aussi important pour ne pas vous « essoufler » et ainsi obtenir des résultats en accord avec le temps dont vous disposerez.

Si vous éprouvez des difficultés vous pouvez par exemple aussi commencer par placer un objet, un fruit, un légume que vous appréciez devant vous, le dessiner une première fois et le peindre en vous appuyant sur ce que vous voyiez. Cela vous permettra de réaliser une étude.

Puis ensuite prenez une nouvelle feuille, retirez l’objet et dessinez le de mémoire. vous verrez qu’il y a des liens entre mémoire et visualisation auxquels on ne pense pas toujours.

Une autre possibilité

En prenant un tableau d’un peintre que vous appréciez comme modèle vous le regardez attentivement puis vous créer un autre tableau personnel celui ci avec le meme jeu de couleurs que celui du modèle.. Et ensuite vous mettez les deux cote à cote avec un logiciel de montage

En espérant que ce petit article à propos de la visualisation vous apporte un peu de grain à votre moulin. Belle journée !

quelques sites parlant de l’union poésie peinture https://www.lesatamanes.com/article/peinture-et-poesie-jolie-histoire-d-une-relation-amoureuse

Celui de Christine, une de mes collègues peintre https://christine-nova-larue.art/

Celui de Laurence https://wordpress.com/read/blogs/61917905/posts/14552

Celui de Francine https://wordpress.com/read/blogs/22398941/posts/4894

Le petit sentier #1

La difficulté de trouver un thème en peinture revient régulièrement. Cela est souvent dû à une volonté d’originalité.

Il n’y a pas beaucoup de thèmes différents dans l’histoire de la peinture. Si tu regardes bien tu vas trouver qu’ils se réduisent généralement au paysage, à la figure, et à la nature morte.

Ces trois catégories bien sur peuvent être encore affinées, dans le paysage il y a la campagne, la mer, la forêt, la montagne..

Dans la figure cela peut aller du portrait, au nu debout, allongé, à la scène de bataille qui mêle en même temps le paysage et les protagonistes, on peut aussi introduire des animaux, des chevaux, des éléphants, tout ce que tu peux imaginer dans le fond, mais ça ne va pas modifier le fait que tout cela appartient à la même catégorie.

Quant à la nature morte, le champ est on ne peut plus vaste aussi et désormais on peut peindre un hamburger et une canette de coca si l’on veut, cela reste malgré l’effort d’originalité ou de provocation, des éléments qui appartiennent à la nature morte.

Vouloir à tout prix trouver un sujet « original » est une erreur que commettent bon nombre de débutants.

Sans doute y a t’il une confusion depuis l’essor de la peinture dite « moderne » entre le traitement de certains sujets et le sujet lui-même. Même les toiles cubistes de Braque, de Picasso peuvent toujours être classées dans un des trois sujets majeurs de l’histoire de la peinture. Les intérieurs décorés de Matisse ne sont pas éloignés non plus de l’histoire, ils ne sont pas hors de l’histoire. C’est juste une manière différente de proposer le sujet.

Illustration Poires de Braques. Musée de Grenoble.

Trouvaille

Une trouvaille à la petite puce, un nouveau magasin de bric à brac où je viens fouiner depuis peu. Les 3 cadres pour 10 euros et soudain je trouve une petite toile accrochée encore à son cadre. J’ai pensé que j’allais passer un coup de gesso dessus pour peindre autre chose et puis finalement quelque chose me retient, sans doute, vais je retirer la toile pour en mettre une nouvelle.

C’est toujours triste de voir des peintures finir dans des brocantes, des vide grenier comme si quelqu’un ou quelque chose avait soudain décidé de bazarder une vie à des prix dérisoires, comme si désormais la vie elle même était une marchandise dérisoire.

La bonne fréquence

Rouge et vert acrylique sur papier format A4 Patrick Blanchon

Peindre est toujours un voyage dans l’inconnu. Sur la feuille de papier de format modeste, j’étale des lavis de brou de noix en écoutant de la musique tandis qu’au dehors la pluie tambourine sur la verrière de l’atelier.

Je n’ai pas d’idée préalable, juste cette envie de peindre et de commencer avec presque rien juste pour voir où les événements, les accidents, me mèneront.

J’ai bien sur encore à l’esprit cette volonté d’égarement qui ne me lâche pas, elle se sera encore renforcée ces derniers mois après toutes ces tentatives avortées de chercher un sens en amont à ma peinture.

Cette entrave j’ai fini par la considérer utile et j’ai aussi renoncé à m’en culpabiliser. J’en suis presque parvenu à me dire qu’il fallait que je passe par là, par cette obsession du sens pour parvenir à la limite de l’épuisement.

Curieusement cette limite correspond à la limite de l’année, bientôt nous passerons la frontière de 2020, un nouveau monde s’ouvre comme à chaque fois.

Dans cet interstice qui permet à la fois de regarder des deux cotés la figure de Janus prend tout son sens.

Je mesure tous les efforts de 2019 et j’entrevois l’abandon probable comme seule piste valable de 2020.

Abandonner comme jeter du lest et se désentraver sans remord ni regret.

Mais je ne tomberai pas dans le piège des fameuses « bonnes résolutions ».

Non je préfère plutôt me dire après tant de tempêtes, de naufrages, d’errances vaines, que je suis aguerri au mauvais temps, que j’ai appris à faire avec et qu’il ne peut me déranger plus désormais qu’il ne l’a déjà fait.

Ce que j’abandonne ce sont mes dernières résistances, celles qui m’empêchaient encore hier à obtenir une pleine confiance dans le peintre que je suis.

J’abandonne sans doute aussi les frontières du mental tout en les remerciant de m’avoir tant aidé par la fatigue, l’éreintement dans lequel je me suis enfermé par peur d’accepter cette évidence d’être peintre.

Le rouge s’est tout de suite imposé après le brou de noix. Une envie de saturation proche de l’idée de surdité. J’ai posé couches sur couches dans l’attente de la fréquence exacte qui déclencherait l’émotion. Pour la sublimer, lui servir d’écrin la complémentaire verte la borde presque noire par endroit.

Une fois le tableau sec je l’ai regardé dans tous les sens pour voir dans quelle orientation un sens pourrait éventuellement faire écho à la fréquence et à l’émotion.

C’est à la verticale qu’il me parle le plus. Etrangement j’y vois une façade rouge dans la nuit presque noire avec une petite porte noire tout en bas.

C’est par cette petite porte noire dans mon enfance que je fuyais le monde en me réfugiant tout au fond des combles de la maison près d’un trou qui communiquait avec la cave.

J’étais capable de rester là durant des heures, à ne penser à rien, recroquevillé sur moi-même à écouter battre simplement le cœur du monde à la fois effrayé et paisible, tiraillé gentiment entre ces deux manières d’interpréter les choses.

Transparence et opacité

Les anciens lettrés chinois portaient une attention particulière à l’équilibre entre le vide et le plein lorsqu’ils peignaient. Ils ont même trouvé une proportion dont le souvenir aura voyagé jusqu’à nous, c’est le rapport 1/3 de plein 2/3 de vide et cela est surtout valable dans les petits formats.

Que signifie ce rapport entre le vide et le plein, entre le rien et le quelque chose, entre le fixe et le mouvant entre l’inerte et la respiration ?

Il se peut que le Tao ait grandement influencé l’idée que la part visible des choses n’occupe pas la totalité de l’espace, de l’esprit comme la surface du papier, du tableau.

Il se pourrait que le « signifiant » soit à l’image de notre « conscience » et qu’il baigne dans cette respiration, cette alternance d’inspirations et d’expirations, entre les ombres et les lumières que produit notre « inconscient ».

Dans mon travail de peintre je ne cesse d’osciller entre des toiles réalisées à l’huile, à tendance abstraites et dont l’élément principal sur le plan plastique est l’accumulation de couches très fines, de glacis qui à terme créent la profondeur.

Cette profondeur à elle seule toujours sur un plan plastique ne suffit pas pour faire « un tableau ». Il faut parfois y ajouter quelques îlots d’opacité, que ce soit par la nature du mélange pigment médium utilisé, par l’incrustation de matières, le collage de bandes de dentelles récupérées dans des tiroirs dans le cas de figure de l’image accompagnant ce texte.

C’est bien au delà de la recherche plastique une tentative de matérialiser une préoccupation, de trouver l’équilibre entre la transparence et l’opacité dans un rapport personnel qui me toucherait, qui m’atteindrait en plein cœur.

Dans cette recherche le format carré est souvent utilisé car sans doute l’impératif de son centre comme un aimant m’impose souvent une symétrie dont je cherche perpétuellement à m’évader, par de nombreux déséquilibres, par l’asymétrie.

Sans doute que la raison majeure de ce soucis est de trouver le bon rapport entre dire et suggérer, dire et taire, montrer ou cacher. et aussi s’apercevoir que ce qui fonctionne le mieux c’est quand l’évidence, le signifiant n’occupe qu’une place restreinte dans l’espace.

A coté de cela sur d’autres travaux j’ai besoin d’opacité, de tout remplir sans rien laisser au vide, mais c’est dans le fond partir du même postulat, qu’au bout du compte le plein s’il est en excès s’inverse en vide.

The void / Le vide.

Errance 1 Peinture Patrick Blanchon

Several years ago my paintings did not suit me. The shimmering colors that I deposited there formed only an accumulation of false notes.

The feeling that came to me then was close to the one that usually insults me in contact with any cacophony.

However, I have struggled many times trying to fight against this systematic aversion without knowing why.

My wife at the time could tell me that it was « too busy » for her taste, I still persisted to make large multicolored crusts while being certain to be deeply disappointed with the result to come.

At the time I did not realize it as I’m talking about it today obviously.

Plunged into a sort of stupor, fascination, blinded by this one there was nothing to do, I kept stubborn.

It lasted for months, almost a year I think. And then one day something suddenly broke and I had the very clear, obvious perception of this overflow, the same that I put on my canvas and mine.

So I felt the opposite. A complete turn like a lightning and I seized all of a sudden the tube of white and began to erase large sections of the paintings that I had made during this strange period.

I did not preserve the first colored layers that very little. White, its light, gradually invaded all surfaces, and the more I installed vacuum so I liked it more. And extra luck, my wife thought that was cool too.

I realized about thirty paintings in two stages.

First I filled them to the brim and then I emptied them of much of their substance

The exhibition that followed and to which I gave the name « Wanderings » met with great success. There were already travelers with their suitcases, lost in a kind of white fog, sometimes a mist, sometimes a fog, a few points of solidity just within a repeated evanescence.

In the end I could not find a better word to describe this movement that had occurred in me as on the canvases.

The void, the boredom, the absence were often confused and reached a zone of pain at the limits of the intolerable. So I hurried to fill as much as I could and often clumsily what I imagined in the eyes of others to be an absolute deficiency.

In my naivety I made myself another image of « full » that was not me, that could not be me who was only empty.

I often reported on the other the rage to discover this personal emptiness and my anger like my despair was often terrible to realize that the other could not fill anything, being only an imaginary projection of a full idealized.

Yet modern science is discovering more and more qualities to this emptiness which seems to occupy a disproportionate place in the universe.

This gap between each molecule, each atom, it could well be that it is the essential link that keeps between them the pigments that constitute our lives like everything else.

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Il y a de cela plusieurs années mes tableaux ne me convenaient pas. Les couleurs chatoyantes que j’y déposais ne formaient qu’une accumulation de fausses notes .

Le sentiment qui me venait alors se rapprochait de celui qui m’insupporte généralement au contact de toute cacophonie.

Cependant je me suis acharné de nombreuses fois en voulant lutter contre cette aversion systématique sans savoir bien pourquoi.

Mon épouse à l’époque avait beau me dire que c’était  » trop chargé » à son goût, je persistais néanmoins à réaliser de grandes croûtes multicolores tout en étant certain d’être profondément déçu du résultat à venir.

A l’époque j e n’en ai pas pris conscience comme je t’en parle aujourd’hui évidemment.

Plongé dans une sorte de stupeur, de fascination, aveuglé par celle ci il n’y avait rien à faire, je ne cessais de m’obstiner.

Cela dura pendant des mois, presque une année je crois. Et puis un jour quelque chose se brisa soudain et j’eus la perception très nette, évidente de ce trop plein , le même que je posais sur ma toile et le mien.

Alors j’éprouvais tout le contraire. Un virage complet comme une fulgurance et je m’emparai tout à coup du tube de blanc et me mis à effacer ainsi de larges pans des tableaux que j’avais réalisés durant cette étrange période.

Je ne conservais des premières couches colorées que très peu. Le blanc, sa lumière, envahissait peu à peu toutes les surfaces, et plus j’installais du vide ainsi plus cela me plaisait. Et chance supplémentaire, mon épouse trouvait cela chouette aussi.

J’ai ainsi réalisé une trentaine de tableaux en deux temps.

D’abord je les ai rempli à ras bord et ensuite je les ai vidé d’une grande partie de leur substance.

L’exposition qui s’en suivit et à laquelle j’ai donné le nom « Errances » rencontra un franc succès. On y voyait déjà des voyageurs avec leurs valises, perdus dans une sorte de brouillard blanc, tantôt une brume, tantôt un brouillard, quelques points de solidité à peine au sein d’une évanescence répétée.

Dans le fond je ne pouvais pas trouver meilleur mot pour qualifier ce mouvement qui s’était opéré en moi comme sur les toiles.

Même si le prétexte était ces silhouettes sombres rehaussées de fusain et de bribes colorées évoquant l’exil, je m’empêchais à l’époque d’aller plus profondément encore vers la véritable raison d’être de ces tableaux.

Car il s’agissait vraiment d’une errance personnelle que je parvenais ainsi à ressentir à la fois dans la peinture, et dans ma propre vie.

Cette accumulation de couleurs était comme cette accumulation de savoir constituée de bric et de broc, d’opinions tranchées sur ceci ou cela, ces milliers de références, parfois contradictoires sur lesquelles je m’appuyais pour « paraître » en public lors des vernissages , des dîners mondains ou pas.

Dans le fond je m’étais servi du savoir, pour me constituer un personnage proche d’Arlequin, bigarré et cacophonique surtout, et en l’apercevant sur la toile, comme en miroir, je n’ai pas eu d’autre choix que de remettre du calme, du vide, une forme d’ordre et d’harmonie sur celle ci.

C’est à partir de cette réflexion que je me suis de plus en plus rapproché de l’idée de vide qui me hantait tellement. Je me suis aperçu peu à peu combien j’avais dépensé d’énergie durant toute mon existence pour tenter de combler ce vide.

Le vide, l’ennui, l’absence se sont confondus souvent et atteignait une zone de douleur aux limites de l’intolérable. Alors je me dépêchais de remplir comme je le pouvais et souvent maladroitement ce que j’imaginais aux yeux des autres être une carence absolue.

Dans ma naïveté je m’étais fabriqué de l’autre une image de « plein » qui n’était pas moi, qui ne pouvait être moi qui n’était que vide.

J’ai reporté souvent sur l’autre la rage de découvrir ce vide personnel et ma colère comme mon désespoir furent souvent terrible de constater que l’autre ne pouvait combler quoi que ce soit, n’étant qu’une projection imaginaire d’un plein idéalisé.

Pourtant la science moderne découvre de plus en plus de qualités à ce vide qui semble occuper une place démesurée dans l’univers.

Ce vide entre chaque molécule, chaque atome, il se pourrait bien que ce soit lui le liant incontournable qui maintient entre eux les pigments qui constitue nos vies comme tout le reste.

Oublier l’éveil.

Traces d’encre de chine sur papier japon Patrick Blanchon

Il fallait que Cheng trace au moins 4 ou 5 traits à l’encre pour se sentir éveillé. Ensuite il pouvait se récompenser d’avoir effectué cette action par une tasse de thé noir sans sucre. Dans la petite masure où il vivait il n’y avait aucun luxe. Cheng n’était pas pauvre, il était peintre lettré, et de temps en temps les peintures qu’il vendait ou que des notables lui commandaient suffisait à subvenir à ses maigres besoins.

Il venait tout juste d’atteindre la soixantaine et, s’il possédait déjà une bonne maîtrise de son art, il restait toutefois modeste et savait qu’il lui manquait encore l’essentiel. Aussi restait il concentré sur une discipline régulière. Dés qu’il se levait de sa natte posée sur le sol, il s’installait aussitôt à la petite table installée devant la fenêtre qui donnait sur la vallée. Là il fermait les yeux quelques instants, prenait une respiration régulière et trempait l’extrémité souple du pinceau dans l’encre puis laissait sa main suivre son mouvement naturel emportée par l’expire.

4 ou 5 traits seulement mais réalisés avec la plus grande concentration. Sentir la moindre feuille bruisser, entendre chaque cri d’oiseau traverser l’azur, sentir jusqu’au poids des petites pattes des fourmis qui traversaient son vieux plancher, être tout entier mêlé à ces premiers instants de son éveil conférait à ses gestes, une solennité presque burlesque pour n’importe quel observateur.

Ainsi chaque matin, Cheng s’enfonçait-il dans la discipline de ces 4 ou 5 coups de pinceaux afin d’oublier l’éveil et pénétrer dans l’espace de sa feuille blanche.

Garder le cap

Quand le ciel change, que les nuages s’amoncellent à l’horizon, que l’on entend le petit bruit des factures qui arrivent par la fente de la boite à lettres, quand la mine de crayon se brise sous la pression et que l’on cherche le taille crayon partout en vain, quand la gomme est noire, quand le chat n’a plus de croquettes, quand tout est embrouillé à souhait dans la tête comme dans l’atelier, comment garder le cap ?

Chaque jour essayer un truc, écrire sur une feuille la liste des choses à faire par exemple, et puis la déchirer, la jeter à la corbeille pour voir ce qui reste en mémoire d’important vraiment.

Découvrir qu’au final rien d’autre n’est important que la certitude que tout un jour sera terminé.

Se lamenter un brin, puis se relever et avec souplesse. Tenter un auto coup de pied au cul.

j’ai testé pour vous, ça peut marcher de temps en temps, après 55 ans c’est plus périlleux, enfin pour les plus souples alors on enchaîne dans la foulée, par un petit café, une cigarette, ah non désolé j’ai arrêté.

Une envie brève comme un ange qui passe. Bien se rappeler qu’une cigarette ne dure guère, c’est tellement bref qu’on se demande quel plaisir vraiment on peut poser sur le plateau de la balance tandis que sur l’autre on a installé tous les dépits que la brièveté de cet acte saugrenu entraînerait. Toujours faire la part du pour et celle du contre.

Et puis s’en fatiguer, se révolter, gesticuler, tout cela ne dure pas longtemps quand on y réfléchit bien, juste un sale petit moment à se débattre, ça va passer. Et respirer, profondément, respirer.

Lorsque la lumière revient, avec le calme on en rigole doucement, on s’aperçoit, on se retrouve, on se tapote l’épaule, on s’encourage à nouveau, et l’on finit par s’apprécier. C’est vraiment à ce moment là précisément que le taille crayon resurgit, alors on s’assoit, on prend une nouvelle feuille et on y va. Une nouvelle journée alors est traversée et le soir vient, car il vient forcément, irrémédiablement. Alors on se demande si on a gardé le cap ?

On ne sait pas vraiment si c’est au sud ou au nord à l’est ou à l’ouest, aucun point cardinal n’est vraiment précis. C’est plus une impression, un ressenti qui va colorier la nuit de couleurs froides, de couleurs chaudes.

Et pour l’instant quand vient le matin, comme un gamin à chaque fois je reste ébahi.