Le dessin et la peur.

Pigeons de Picasso.

Je regarde la main qui transmet au crayon son hésitation, son trouble, sa peur et sur la feuille blanche le dessin qui surgit.

Comment décrire ce que je ressens à la vue de tous les tremblements de la ligne, de son aspect « poilu », et pourquoi devrais je annoncer soudain une défaite alors que ce je constate est une victoire ?

Car ce qui compte vraiment dans cette action de dessiner n’est ce pas d’être au plus près de soi dans le fond ?

Ce n’est pas ressembler à quelqu’un d’autre qui serait plus adroit plus habile que je ne le suis.

Je crois que le vrai dessin, avant toute chose nécessite seulement cette honnêteté.

Ce que l’on appelait autrefois la spontanéité et puis toute cette errance vers une idée de l’art, du beau, au travers les comparaisons, les jugements, la culpabilité, la honte, le désir autant de couches successives pour étouffer ce que je suis, ce que j’ai toujours été, ce que je serai toujours.

Il y a une grande ambiguïté dans mon esprit qui aura confondu longtemps l’art et le mensonge.

Si j’ai pu atteindre à l’habileté commune j’en ai ressenti un malaise formidable.

Alors j’ai tout largué encore une fois de plus pour revenir à la source, au dessin, à la main à la peur et au désir.

Mais le désir avait changé ce n’était plus vouloir bien dessiner, bien peindre, bien apparaître au monde.

C’était revenir vers le jardin d’éden, avant la chute.

Revenir à l’enfance de l’art.

Je regarde ce tableau de Pablo Picasso, ces pigeons qu’il aura toujours utilisés pour évoquer l’enfance, et aussi en creux la relation avec son père. Et puis son propos à propos de la peinture, qu’il aura mis des années, une vie toute entière pour réapprendre à peindre comme un enfant.

C’est vrai que ce fut un homme probablement monstrueux aux yeux des autres, de ses proches surtout, mais aujourd’hui je ne me suis jamais senti si proche de lui dans la solitude que propose cette quête de sincérité qui n’a rien à voir avec l’envie d’être une « belle personne » un « grand artiste ».

Je ne sais pas quoi dessiner.

Ulysse regarde les sirenes se jeter dans la mer

Ils sont arrivés par un petit matin froid de la fin octobre. Je les entends de loin qui saluent Sylvie en train d’éplucher des légumes pour la soupe du soir. Pépiements d’oiseaux, rires, et les voici à la porte de l’atelier.

toc toc toc on peut entrer ?

Et chacun reprend à peu près les mêmes places autour de la grande table tout en demandant des nouvelles de chacune, chacun, et en obéissant au même rituel à chaque fois, c’est comme un jeu :

Je me mets où ?

Et sans attendre ma réponse, je n’ai en fait qu’un silence à proposer, les élèves s’installent comme à chaque fois aux mêmes places.

Et je m’en aperçois ainsi toujours avec amusement : pour que tout marche bien le groupe semble recréer une sorte d’organisation particulière de l’espace, il renoue avec cette configuration qui, inconsciemment lui semble la meilleure, une configuration idéale.

Alors nous avions décidé de revenir au dessin, vous vous souvenez ? ok donc on s’y remet cette semaine.

Oui mais on fait quoi ?

Je souris car cette petite phrase prononcée par Geneviève toujours plus ou moins inquiète, me rappelle une autre histoire sur les oiseaux.

Quand les oiseaux déjeunent où dînent, je ne sais pas si tu l’as déjà remarqué, il y en a toujours un qui se tient à l’écart . C’est souvent le plus chétif, le plus misérable d’apparence, mais son rôle est primordial . C’est la sentinelle que le groupe a délégué pour prévenir d’un danger éventuel. Celui qui va lancer l’alerte pour que tous fuient et rejoignent la sécurité.

Oui mais on fait quoi ?

Tout le monde rit en regardant Geneviève. Elle comprend et se met à rire aussi.

J’en profite pour rebondir sur ce micro événement.

voilà exactement ce qui se passe quand vous vous dites je veux dessiner !

vous éprouvez l’envie de dessiner en pensée tout d’abord et puis vient le moment où vous vous installez à la table, vous prenez une jolie feuille blanche, vos crayons sont taillés la gomme est là, tout est bien rangé autour de vous.. et c’est à ce moment là exactement que l’angoisse arrive généralement et qu’on se pose la question

Oui mais je dessine quoi ?

J’aimerais que tu réfléchisses un instant à cette peur manifestée par cette interrogation. De quoi cela parle t’il ? Non pas de l’absence d’idée comme on pourrait le penser, mais plutôt de l’embarras du choix car nous aimerions TOUT savoir dessiner et en même temps que nous imaginons, que nous décidons dans notre for intérieur que TOUT n’est pas intéressant à dessiner.

C’est vraiment un faux problème par excellence et c’est en cela que je dépiste sa trace que je reconnaîs à chaque fois l’angoisse : elle se manifeste souvent par ce genre de faux problème, par un perception erronée du réel.

Pourquoi décider qu’il y aurait de bonnes ou de mauvaises choses à dessiner je l’ignore. A mon sens tous les sujets se valent. La difficulté n’est jamais le sujet, mais la façon de l’appréhender, la façon de le mettre ou non en « valeur » .

Ce qui m’intéresse dans mes cours ce n’est pas que tout le monde fasse la même chose même si je donne le même sujet à tout le groupe.

Non ce que j’aime c’est que chacun l’interprète à sa façon, de son point de vue.

Donc tu ne sais pas quoi dessiner c’est le signe de la panique qui peu à peu t’envahit quand tu veux te mettre à table et c’est tout à fait normal.

Et je vais te dire pourquoi.

Tout est dans la tête ! quand nous décidons de faire quelque chose nous avons besoin d’un objectif, et d’une méthode pour parvenir à cet objectif. C’est comme pour voyager. On part d’un point A pour rejoindre un point B et on regarde la carte ou on allume son gps pour que le tracé ou la voix nous y conduise. On fait confiance ensuite à ce qui est évident et on ne se pose plus de question.

Cependant que pour dessiner n’importe quoi ce n’est pas si simple. La plupart du temps on ne sait pas par où passer.

Quel tracé doit suivre la main et le crayon pour rejoindre le dessin idéal que nous avons dans notre tête ou sur le modèle que nous essayons de reproduire.

C’est la raison pour laquelle les élèves font aussi confiance au professeur, car celui ci serait détenteur de ce savoir du tracé qui leur manque -pensent t-ils .

Ce n’est ni vrai ni faux à vrai dire.

Comme d’habitude la vérité se situe à mi chemin et de façon plus nuancée.

Il y a mille façons possible de dessiner quoi que ce soit, il y a les mauvaises façons très nombreuses, et les bonnes qui ne sont pas moins nombreuses.

Car dans le fond, on peut envisager le dessin de beaucoup de manières diverses et variées: Est ce qu’on veut faire un croquis ? une oeuvre détaillée, fouillée ? va t’on dessiner à la mine de plomb ? à l’encre ? au feutre ?

Quelle technique choisir pour rendre au plus près l’idée de dessin que l’on désire. Et désire t’on d’abord quelque chose de particulier vraiment ?

Se pose t’on la question du fond de cette angoisse réelle d’avoir à dessiner quoique ce soit ?

Pour t’aider à dépasser ce stade du « savoir quoi dessiner » j’ai crée une méthode, et même mieux que ça : une machine à idées

Son utilisation est à la fois simple, efficace et même amusante ! je t’en parle dans mes contacts privés

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