J’ai traversé des lieux familiers

Encre Etrangeté Buste de femme format 30x40 cm Patrick Blanchon 2002

J’ai traversé des lieux familiers

Et puis je suis arrivé ici où tout est étrange.

Ce sont les mêmes lieux pourtant

Mais ce n’est plus moi qui les traverse désormais.

En chemin j’ai perdu la familiarité

Celle que j’entretenais avec moi-même

et qui tissait ce voile invisible.

la familiarité m’aveuglait comme un voile.

Lorsque l’étrangeté a surgit

je l’ai d’abord repoussée

je lui ai dit je ne sais pas qui tu es

Mais il était trop tard

je ne voyais plus qu’elle

Elle était si belle.

Encre Etrangeté Buste de femme format 30x40 cm Patrick Blanchon 2002
Encre Etrangeté Buste de femme format 30×40 cm Patrick Blanchon 2002

J’ai tenté de l’amadouer

de la rendre familière

Elle m’a rit au nez.

Alors pour la rejoindre

je me suis dévêtu de tous mes vêtements

De toutes mes peaux mes muscles et mes os

et je lui ai dit regarde

Plus rien de familier désormais entre nous

Elle m’a regardé enfin

Et sans un mot

Dans un profond silence

L’étrangeté m’a emporté.

A mon retour je me souviens encore de bien des choses

et parfois je peux retrouver les lieux autrefois familiers

Quel joie de voir que rien n’a changé

Si toi m’a dit le vieux cerisier

Alors j’ai planté mes pieds en terre

et j’ai levé la tête au ciel

et je suis resté ainsi un long moment

Une éternité.

Elle a dit : « Je la connais ta solitude »

Et elle a rit.

J’ai soudain entendu la pluie qui tombait plus drue sur les toiles de tuiles.

Et j’ai compris sans comprendre vraiment

j’ai su que je n’étais qu’un salaud.

« Je la connais ta solitude »

Ce fut l’éveil.

Un ébranlement comme une secousse provenant de l’amertume.

Une cuillère en bois qui touille une soupe

de la forme ferme à la bouillie.

Avec une belle envie de vomir.

Alors j’ai fui , il valait mieux la pluie.

J’ai courru à perdre haleine pour m’échapper

comme on cherche à repousser la fatalité

l’évidence.

Et cette phrase fichée dans mon cœur comme une flèche

blessé à mort j’ai continué.

Illustration : Frida Khalo 1946  » le cerf blessé »

Les jours qui filent

Comme un bateau, par tous les temps,

mer calme ou démontée ils filent les jours.

Une étoffe.

Pure soie ou Djinns fantasques issus du coton.

Coton de rester soi.

De l’être déjà.

Qu’il faut laisser tout derrière soi.

Pour repartir de plus belle

Dans l’aujourd’hui.

chaque jour ainsi

un peu d’écume

un peu de sel

Et le sourire

goéland blanc

qui ne se pose jamais.

L’indéchiffrable message

Deux faits sont associés dans ce petit texte.

D’une part la rumeur portée par les réseaux sociaux d’un vaisseaux spatial découvert par les observateurs de la NASA. D’autre part la pandémie provoquée par un virus nommé Covid 19, pourquoi un tel nom d’ailleurs me suis je demandé… sous cette patine de substantif scientifique.

Presque aussitôt m’est venue l’idée d’un code, d’un message envoyé par le fameux vaisseaux et dont l’avenir de l’humanité serait dépendante de son aptitude à le déchiffrer, ou tout du moins d’en comprendre la raison.

Que ces deux faits soient étroitement liés soudain provoque alors une étincelle, une intuition.

Le vaisseau spatial réel ou imaginaire peu importe n’est qu’un symbole tout comme la pandémie elle même en est un .

Dans ce monde éreinté par l’injustice, par les abus, par l’ignominie que provoque l’appât du gain, du pouvoir et de l’apparence, il n’est pas inopportun d’obtenir soudain de telles intuition et de ne pas les laisser filer dans l’oubli.

Un chaman véritable sait cela. C’est toujours dans un petit détail qu’il faudra focaliser son attention, c’est ce petit détail qui le fera voyager d’un rêve à l’autre en toute fluidité comme s’écrivent les textes de ce blog.

Il serait temps d’accepter enfin que le monde est désespéré et qu’il a soif d’autre chose, que cela provienne d’extraterrestres salvateurs ou belliqueux, d’un apocalypse, d’une pandémie peu importe en fait nos croyances.

Tous ces visages qu’empruntent l’espoir autant que le désespoir, fabriqués par ceux ci il faut aller au delà.

Dans cet ouvrage magnifique tibétain qu’est le Bardo To dol il est question de regarder les monstres bien en face en ne se laissant pas dissoudre totalement par la peur.

C’est à cette seule condition que l’âme pourra accéder au niveau supérieur, niveau qui ne sera pas non plus dépourvu de pièges et d’erreurs.

Il ne peut rien arriver de grave, je voulais juste dire cela doucement, sans bruit, même la mort n’est pas grave.

même l’apocalypse n’est pas grave, ni l’arrivée d’une civilisation extraterrestre.

La seule chose grave à mon sens serait de mourir con, rempli de ressentiment, de rancunes, de regrets et de remords.

La seule chose grave serait de n’avoir pas compris la force de l’amour qui lie dans la lumière tous les mondes comme autant de cœurs battants dans cette danse fabuleuse de toutes les vies, de la vie elle même.

Illustration Femme papillon chamane au vaisseau extraterrestre Thierry Lambert

Devenir

Dans les couloirs encore ça me remonte  » qu’est ce qu’on va devenir »

Cette perpétuelle inquiétude expulsant tout du présent comme du passé,

cet élan pour s’extraire des tranchées du présent

Pas de petit coup de gnole non, juste un qu’est ce qu’on va devenir

et ça repart

comme en 14

On ne peut pas savoir

et c’est bien fait

on ne peut pas savoir qu’à force de cavaler au feu des lendemains qui chantent ou pas

on abrutit l’avenir

on l’étouffe dans l’oeuf

bien proprement

Qu’est ce qu’on va devenir

c’est un peu qu’est ce qu’on a été

c’est déserter.