La dombe

La Dombe Patrick Blanchon 2005
Encre de chine sur papier

Quand je traverse la Dombe, je guette l’envol des grues, la pâleur des marais, le bruissement des herbes et tout m’appelle vers toi.

Garce magnifique, amère comme une pinte  dont le souvenir reste

après qu’on t’ait baisée , si peu qu’on t’ait aimée…

« Être vivant, c’est être prêt. Prêt à ce qui peut arriver, dans la jungle des villes et de la journée. D’une prévoyance incessamment et subsconciemment ajustée. L’état normal, bien loin d’être un repos, est une mise sous tension en vue d’efforts à fournir… Mise sous tension si habituelle et inaperçue qu’on ne sait comment la faire baisser. L’état normal est un état de préparation, de disposition vers les gouffres »

« connaissance par les gouffres » Henri Michaux.

Pourquoi pas le silence

Pourquoi pas le silence
Encre de Chine sur papier

Oui tu es froid et blanc sans accroc et sans rêve,

l’haleine des rivières à l’aube embrume tes  lointains

et mon bouchon sur l’onde tremble,

taquineries des algues

ici pas de  lourd brochet ni  de fine ablette

à ferrer 

Pas de ploiement de scion aucune tension de fil

Juste le long cri de l’hirondelle là haut qui s’apprête à rejoindre

les vents chauds du sud.

Alors pourquoi pas le silence 

Total assourdissant comme un arbre qui tombe

Et laisse derrière lui le blanc d’une trouée 

Et laisse derrière lui l’amitié des racines, la voix de l’étoile pâle jusqu’à la pierre enfouie.

Pourquoi pas le silence 

Un chevreuil est passé près de lui une biche

Les deux m’ont regardé 

J’étais au bord de dire au bord  de leur parler

quand soudain je ne sais plus je me suis rappelé

Pourquoi pas le silence 

Alors je suis rentré.

Sayd Bahodine Majrouh

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C’était du temps où je mangeais de la poésie faute de mieux que j’étais tombé sur lui, le voyageur de Minuit qui ensoleilla d’un soleil noir  ma journée ordinairement frustre et chiche, dans la labyrinthique bibliothèque du Centre Georges Pompidou.

Sayd Bahodine Majrouh (1928-1988) est un écrivain afghan qui a rédigé une suite de récits sur ce qu’il appelle les « Ego monstres. » On ne trouve presque plus ses livres désormais que chez les bouquinistes, après vérification, j’en suis déçu pour les lecteurs français.

Il nous reste encore chez Babelio, la possibilité d’acquérir « Les chants d’errance », et c’est à peu près tout.

Assassiné à Peschawar,au Pakistan près de la frontière afghane en 1988, une année après mon départ de Quetta donc , j’aurai toujours en moi le regret de ne l’avoir pas rencontré ailleurs que dans ses textes. Le rencontrer autour d’un verre de thé par exemple même sans beaucoup parler , juste de regard à regard et pas grand chose de plus.

Le fait d’avoir pensé à lui aujourd’hui et de m’être mis en quête de retrouver ses livres en vain m’attriste. Ce qu’on trouvait encore facilement dans les années 80 on ne le trouve plus désormais en 2018. Cela montre la relativité de nos engouements liés à l’époque, à l’air du temps et comment le rouleau compresseur de la postérité écrase et nivelle nos amours anciennes, les réduisant à des souvenirs luisants bijoux démodés enclos dans de minuscules coffres de velours.