« Je suis la nature »


A visitor to MoMA views Jackson Pollock’s painting « One (Number 31, 1950) » (CHIP EAST/Reuters/Corbis)

Est un commentaire de Jackson Pollock sur son travail. Et , effectivement on peut trouver des motifs répétitifs comme ceux des flocons de neige, des branches d’arbres selon une étude réalisée par Richard P. Taylor, physicien à l’institut des Sciences et matériaux 50 ans après la mort de l’artiste.

Dans la danse chamanique qu’il effectue autour de ses grandes toiles posées sur le sol je le vois comme si j’étais là tout près de lui, chaque geste est traversé par cette nature, le pinceau, le bâton n’est plus qu’un bâton magique, une incantation qui lâche son liquide plus ou moins poisseux et métallique sur la toile. On serait tenté de ne voir cette action que sous un angle rationnel, voire Freudien. Mais ce n’était qu’une grille de lecture valant pour hier, et il nous faut aller de l’avant, regarder vers le futur déjà présent dans les tableaux de Pollock. Mieux, les tableaux de Pollock et l’artiste lui même dans le présent dans lequel ils se tiennent créent le futur, et nous y parvenons, nous y sommes déjà.

Alors je regarde ses tableaux qui parait il selon les avis compétents ne cesseront plus de monter en valeur sur le marché de l’art désormais… je regarde toutes ces formes entremêlées qui ça et là font naître parfois quelque chose de familier parce que nous n’avons rien d’autre encore pour se raccrocher, et je mesure le retrait de l’homme comme un océan qui soudain s’écarte de toute terre à marée basse et le silence qui tout à coup s’élève comme un étendard flottant, un arbre à prières au dessus de ce monde anecdotique en perpétuelles métamorphoses .

Intuition contre raisonnement

matérialités 20.1
Auteur Patrick Blanchon

A première vue, c’est cela l’intuition et ce n’est pas pour rien que l’on parle de vue, de regard car l’intuition n’a rien à voir avec l’intellect, le raisonnement, l’expérience.
L’intuition est sensible et non mentale.
Pour les peintres l’intuition peut se révéler soudaine comme une lecture immédiate, fulgurante de l’ensemble des déséquilibres et équilibres de couleurs qui se cherchent sur et dans une surface: la toile.
Soudaine l’intuition autant que vérité temporaire, éblouissement devenant vision ou son contraire.
On ne peut chercher la grâce en peinture comme au Carmel.
Il faut une relation figée avec son tableau qui dure un certain temps , parfois même longtemps pour qu’enfin il délivre son secret et que la grâce nous tombe dessus.
Au Carmel on appelle cela l’ennui, en peinture on appelle ça la gestation les deux sont nécessaires sans être pour autant liés.
Eugène Boudin est un peintre qui a eut de l’intuition j’en reste persuadé. Arriver à nous faire voir de loin des choses qui de près ressemblent à des pâtés, il a su conjuguer intuition et impression et entraîner dans son sillage tous les impressionnistes bien plus connus du grand public. C’est presque sur son lit de mort que Manet avouera sa filiation avec Boudin.
Pollock aussi est un peintre de l’intuition. Le sensible contrairement aux peintres de chevalet envahit le corps tout entier et c’est la danse des tâches, des coulures, comme la sueur, le sang les humeurs du peintre qui figent sur ses tableaux l’intuition d’un univers en mouvement perpétuel proche de celui des scientifiques qui découvrent la physique quantique.
Raisonner on peut le faire après l’intuition. Une fois l’éblouissement passé on peut tenter de supputer, d’analyser, de décortiquer mais il me semble que c’est voué à l’échec d’avance.
Raisonner c’est même contre productif dans ce cas là puisqu’on raisonne avec le mental qui est placé loin du cœur non sans raison, une raison qui nous dépasse sans aucun doute.