Priorité

Vitres embuées Photographie Patrick Blanchon

En mathématiques, la priorité des opérations ou ordre des opérations précise l’ordre dans lequel les calculs doivent être effectués dans une expression complexe.

C’était la seule définition qu’il retenait après avoir consulté son moteur de recherche habituel et qui l’avait emporté comme à chaque fois sur Wikipédia.

C’était une vraie question, une énigme à résoudre soudainement après qu’elle lui avait balancé le matin même  » Tu n’as absolument pas le sens des priorités ». Et cette petite phrase depuis ne cessait de le tarauder.

C’est assez juste qu’il ne cessait d’inscrire des parenthèses à des opérations multiples qu’il aurait du réaliser dans un certain ordre logique, il le constatait.

Cependant que le but de tous ces calculs compliqués disparaissait peu à peu.

A la fin il se retrouvait avec une montagne de petites choses mises entre parenthèses et quand il les examinait dans leur globalité cela finissait par être du chinois.

En même temps cela lui était nécessaire pensa t’il, il ne faisait surement pas les choses « pour rien » comme elle semblait le dire.

Il avait étudié pendant des semaines les divers articles qu’il avait glanés sur l’ordre et le désordre, et aussi des embryons de théories sur les lois du chaos parce que ce problème finissait par devenir un leitmotiv de dispute entre eux deux.

Elle avait cette formidable capacité à ranger, à ordonner, à classer à la fois les objets, les actions et ses sentiments que lui ne semblait pas posséder. Ce n’était pas tant le désir de s’accaparer son étonnant pouvoir qui l’avait amené à s’interroger qu’un besoin de paix dans leur couple.

Elle l’avait déjà sorti du pétrin dans lequel il se trouvait lorsqu’ils s’étaient rencontrés et si l’issue de son marasme pouvait porter une définition acceptable celle-ci pouvait certainement se résumer au mot « projet » .

Elle lui avait confié son désir de voyager par exemple et il avait pu observer comment elle mettait tout en place à chaque fois et ce plusieurs mois à l’avance. Si on s’y prend bien dans les temps, les billets de train ou d’avions sont bien moins chers avait elle dit en bombant légèrement le torse quand elle avait fait une « bonne affaire ».

Il n’avait jamais vraiment pensé à ces petites choses et cela l’amusait au début.

Puis l’amusement se transforma en secousses sismiques de plus en plus fortes sur l’échelle de leur relation. Elle finit par se plaindre que c’était elle qui menait tout à bout de bras et qu’elle aurait bien préféré avoir « un homme » à la maison et non pas un « un gamin irresponsable ».

Il avait accusé le coup en serrant les dents. Avait même ragé intérieurement contre lui-même de se trouver tellement démuni face à cette nouvelle organisation du monde qu’il découvrait, mais, après tout ça, il avait constaté qu’il fallait seulement donner un coup de collier dans ce sens. Tenter de trouver une organisation, et pour cela comprendre qu’elles étaient ses priorités.

Objectivement sa vie semblait se diviser en plusieurs parties d’un seul coup alors que jusque là elle lui avait seulement semblé monolithique. Il fallait déterminer à quelle partie de lui même ou de leur couple appartenaient les choses, les actions à effectuer suivant un ordre logique.

En général il suivait des routines qui s’étaient imposées à lui plus qu’il ne les avait vraiment décidées.

Boire un café et fumer une clope et réfléchir puissamment à ce qu’il allait bien pouvoir peindre était déjà une habitude tellement bien ancrée qu’il se demanda s’il était possible de l’écarter.

Il imagina un instant sa vie sans cette habitude puis il décida de mettre tout ça entre parenthèse et descendit dans son atelier. Il alluma sa tablette et chercha un instant une musique propice à cette nouvelle journée qui commençait un peu de travers.

Puis il retourna à la cuisine, le café était encore chaud, il remplit à nouveau sa tasse et alluma une nouvelle cigarette.

Quand elle revint le soir et qu’elle récita la longue liste des petites choses qu’il aurait du faire, il la regarda avec une admiration sans borne, puis il prétexta qu’il n’avait pas terminé « un truc » et il la planta là pour retourner écouter de la musique dans l’atelier.

Que pouvait bien signifier pour lui le mot « priorité » ?

« Marre de ne pas avoir le temps ? »

C’est un constat que j’effectue en croisant pas mal d’amis retraités quand je leur demande comment ils vont ils me répondent :

Je suis débordé je n’ai le temps pour rien, le temps passe bien plus vite quand on vieillit, je n’arrive pas à faire tout ce que je veux. Alors dessiner et peindre, tu penses bien …

Certain invoquent même le changement de cycle de la terre, la résonance de Shumann qui aurait pour conséquence qu’une journée de 24 h n’en ai plus que 16 perçues.

Bon d’accord il peut y avoir des facteurs extérieurs sur lesquels on ne peut rien. Mais quand même, que fait on alors des 16h restantes ? Est ce qu’on reste sur son canapé en se lamentant, est-ce que ce n’est pas trop facile de s’en remettre ainsi à la fatalité de la vieillesse conjuguée à la physique quantique ou je ne sais quoi d’autre ?

La vérité c’est qu’on se trouve toujours de bonnes excuses pour laisser filer le temps et glander surtout quand on n’a moins de responsabilités, quand les enfants sont grands, qu’on n’a plus à se lever le matin pour se rendre au boulot, quand on est en retraite on se dit qu’on l’a bien méritée, qu’on va y aller mollo. Tout cela est complètement normal.

Il n’y a pas que les retraités qui vivent ça, les indépendants aussi car s’ils n’y prennent garde leur journée va filer sans que rien ne se passe s’ils n’ont pas pris la précautions d’établir un plan d’action, des priorités, des objectifs à court, moyen et long terme.

Que tu n’aies que 16 heures au lieu de 24h ça ne va pas changer grand chose à l’affaire, tu seras aussi mal en point en fin de journée si tu n’as pas la sensation d’avoir fait quelque chose de celle-ci.

Une chose que m’a apprise l’école, c’est les horaires et la répartition des tâches. Enchainer les actions, en premier les maths puis le français, puis un peu de sport, et ensuite histoire géo.

Une chose que m’a apprise la fac : personne ne te donne de contrainte vraiment et tu dois organiser tes journées toi même.

Une chose que m’a apprise l’entreprise, c’est que tu dois acquérir la souplesse au sein des contraintes, établir des priorités.

Une chose que m’a apprise entrepreneuriat, c’est de définir clairement mes objectifs, c’est à dire ne pas me contenter d’objectifs vagues mais au contraire, remonter à la source des besoins des gens, savoir ce qui leur tient vraiment à cœur, ce pour quoi ils seront susceptibles de s’offrir mes services pour obtenir le résultat qu’ils attendent.

Alors cette notion d’emploi du temps j’ai dû y revenir évidemment. Y réfléchir vraiment, je veux dire, et ce pas seulement en établissant des « to do lists » en alignant les diverses actions à réaliser.

Non avant ça il me paraissait important d’établir des objectifs en congruence totale avec qui je suis.

Ainsi par exemple dans mes cours de peinture, j’ai désormais uniquement des personnes motivées de tout age et qui ont vraiment envie de progresser.

Je n’ai viré personne de mes cours, les gens qui ne correspondaient pas à ma philosophie sont parties et je ne les ai jamais plus relancées. Je suis comme ça, un peu fier peut-être bien sur, mais je tiens la barre, je ne veux travailler qu’avec des gens motivés voilà un de mes objectifs prioritaires.

Parce que si les journées ne font plus que 16h désormais je n’ai pas envie de m’emmerder, j’ai envie d’aider les gens qui en ont vraiment envie. J’ai envie de me lever chaque matin en étant content de retrouver ces gens, de passer un bon moment avec chaque groupe que j’ai ainsi constitué au fur des années.

Chaque heure compte, quelle fasse 60 minute ou pas je m’en fiche royalement.

Alors réfléchis à ça toi aussi

bonne journée !

Liens vers mes contacts privés: https://urlz.fr/aSST

Le silence des œuvres

Pour que l’art soit une priorité dans la vie, la pauvreté est une piste intéressante à suivre. C’est pourquoi les artistes vendent peu. Les « vrais » amateurs sont souvent dépourvus.
Mais la vie est bien faite, l’appât du gain finit tôt ou tard par populariser les œuvres et propager le silence qu’elles recèlent en elles.Ce silence qui, je l’espère de tout cœur mettra fin à l’effroi, et à l’aveuglement.