49. Notule 49

Travail d’élève sur l’utilisation du blanc en peinture

La valeur est un mot important en peinture. Plus importante que la couleur elle-même c’est elle qui crée l’illusion d’une profondeur, de par les différents types de contrastes que l’on distribuera dans les plans du tableau.

Lorsque j’évoque cette notion de valeur à mes élèves je leur conseille de ne pas en prendre plus de 3 ou 4 en incluant les basses ombres et les hautes lumières. S’il y en a trop la confusion s’installe rapidement, un peu comme dans la vie.

Ce que nous nommons des valeurs dans la vraie vie, c’est ce qui nous importe, ce qui nous guide et nous limite accessoirement.

Avec le temps il est possible que le champs de ces valeurs se réduisent au même titre que se restreint le champs du superflu, de l’inutile. Que l’on finisse par comprendre que seul l’utile est véritablement nécessaire, essentiel.

C’est sans doute un des signes les plus flagrants que l’âge est là. On a de moins en moins envie de complication, ni de perdre son temps comme de gâcher sa vie comme on gâche du ciment, d’ailleurs l’envie de réaliser des travaux, d’entretenir un mur, un plafond, de refaire une façade se soupèse autrement. L’idée que la fin est proche fait mousser l’à quoi bon qui finit par devenir comme l’écume sale d’une vie somme toute assez égoïste.

On pourrait alors faire le point comme un marin déboussolé. Qu’est-ce qui compte vraiment ? Que devrais-je retenir de cette expérience de vivre ? Que laisserai-je derrière moi ? Que me reste t’il de ce qu’autrefois j’appelais mes valeurs ?

Et surtout comment est-ce que je veux vivre ces quelques heures jours, mois ou années qu’il me reste désormais que j’ai enfin trouvé ce qui m’est essentiel ?

Et cet essentiel est t’il le même à chaque âge de notre vie ?

Peut-être ne faut il pas confondre le but et la valeur. A mon humble avis chaque but que nous nous fixons n’a de véritable raison d’être que pour mieux appréhender les valeurs qui nous fondent et établissent ainsi notre profondeur.

Et, cela sera bien sur unique, différent pour chacun.

Ainsi pour explorer la valeur liberté qui m’a toujours été si chère je n’ai pas cessé de me mettre dans des positions d’esclavage. Il en est de même je crois de mon élan vers l’agitation pour étudier cette autre valeur importante qu’est la sérénité.

J’ai étudié la vie comme la peinture de la même façon: par les contrastes. C’est à dire tout simplement en cherchant à percevoir la différence entre deux valeurs.

Comme si la seule vérité personnelle ( autre valeur importante) que je pouvais accepter raisonnablement comme follement d’ailleurs, se situait toujours à la jonction, à la frontière des opposés.

J’ai expérimenté la liberté ainsi que je l’ai comprise à différents âges de mon existence. Je sais que je m’y ennuie tout autant que si je me retrouvais enfermé dans un cachot.

J’ai expérimenté l’enfermement et j’y ai découvert une forme de liberté inédite qui a aiguisé ma curiosité.

Puis j’ai perdu de cette curiosité qui n’était poussée que par la volonté d’acquérir du savoir ou du pouvoir pour découvrir la compassion en voyant à quel point tout le monde se débat plus ou moins avec ces histoires de buts et de valeurs.

J’ai décidé d’être sans but et sans valeur et je suis devenu soudain plus discipliné et moral que jamais en découvrant le quotidien et la régularité.

Ainsi j’ai effectué mon travail de peintre jusqu’au bout je m’en rends compte à présent. Cela ne donne pas un résultat dont je puisse être fier outre mesure. La fierté d’ailleurs ne semble pas ou ne semble plus être une valeur nécessaire non plus pas plus que l’excès de mésestime de soi qui est son reflet inversé.

Au demeurant remontent mes souvenirs de petit garçon qui s’interrogeait sur la vie, les questions essentielles : Qui suis-je ? d’où est ce que je viens et ou est ce que je vais ?

J’ai tenté de trouver maintes fois des réponses à ces questions et il faut bien aujourd’hui accepter le fait qu’aucune de celles ci n’est réellement satisfaisante. Et je perds peu à peu ce besoin de vouloir répondre à mes vieilles questions. Je n’ai pas de honte, je n’en rougis pas, pas plus que je ne suis fier. Il n’y a pas là de défaite ni plus que de victoire.

Ce que j’ai appris je l’ai appris avec chacun de mes organes différemment que ce soit la cervelle, le cœur, le colon, les reins, le foie, les couilles, et bien sur le pénis sans oublier le trou du cul.

Chacun de ces organes possède une science particulière de la vie. J’aurais aimé pouvoir en rendre compte au travers de mes peintures et de mes textes. Mais même cela me semble inutile aujourd’hui.

J’aurais poussé l’absurdité à l’extrême de ce que je pouvais la supporter, et surement bien au delà de ce que les proches qui m’ont côtoyé l’acceptèrent ou l’acceptent encore.

Evidemment j’ai étudié aussi le proche et le lointain par la même occasion ainsi.

Au bout de ce périple, j’ai vraiment parfois la sensation très nette de parvenir à un bout, mais peut-être n’est-ce encore qu’une peur ou un désir, au bout de ce périple donc, je m’aperçois qu’il n’y a pas de réelle différence entre deux valeurs que celle que l’on choisit de leur attribuer.

Dans l’absolu et sans ce choix aucune différence ne saurait les distinguer l’une de l’autre.

Il n’y a qu’une immanence face à l’immanence, une immanence face à elle-même et ce n’est restituable ni par la peinture ni par l’écriture évidemment. C’est à la fois un secret et un silence que l’on emporte avec Soi pour rejoindre les feuilles dans le vent et les oiseaux du ciel.

Pénétrer la profondeur infinie

N’est-ce pas un rêve qui ne cesse de se transmettre depuis la nuit des temps. Cette nuit étoilée que l’œil contemple non sans une certaine admiration mêlée d’angoisse.

Cette infinie profondeur de la nuit étoilée ne te renvoie t’elle pas à l’infinie petitesse que ton corps et ton esprit occupent sur cette terre ?

Cette infinie profondeur qui par une alchimie étonnante du désir et de l’ignorance entremêlées, s’enfonce dans l’obscurité moite de la grotte archaïque, du vagin, pour réemprunter les antiques couloirs utérins,

le temps d’un soupir, le temps d’un rêve ?

N’est ce pas l’envie folle de mourir et renaître plus vite que mettrait la lumière de notre conscience à relier les faits qui nous attire tant dans l’idée de cette profondeur infinie ?

Et peut t’on encore honnêtement se satisfaire de la position dans laquelle nous installons la femme, l’homme, les deux se mirant comme instruments d’un rituel propice, à l’exploration du Mystère ?

M’est avis qu’elles ne le veulent pas vraiment, les femmes l’ont t’elles jamais voulu d’ailleurs, éprouvant soudain ce dépit d’être considérées comme d’autres qu’elles ne sont pas et ce de façon de plus en plus aiguë aujourd’hui.

Dans cette affaire de parité peut-être qu’un des buts recherché est un nouvel exode, un nouveau Sinaï à traverser autant pour les femmes que pour les hommes afin de découvrir un jour une terre promise ( par qui ? pourquoi ?)

Les média insistent abondamment sur l’énumération la compta macabre de chaque nouveau « féminicide. »

Pour enfoncer le clou le mot aura été choisi, crée de toutes pièces et s’il n’est pas très joli à l’oreille il rejoint peu à leur tous les fratricides, les parricides, les matricides et autres mots acides qui indiquent une corrosion manifeste.

Mais de quelle corrosion s’agit ‘il vraiment ?

Est ce une corrosion de la morale ?

Est ce une corrosion de la bienséance et du savoir vivre ?

N’est ce pas aussi une corrosion, celle ci plus dissimulée, qui ne s’avoue pas volontiers, quelque chose qui s’abîme justement dans une infinie profondeur dont on ne saurait toucher le fond, dont on ne désire plus toucher le fond.

La fin du mystère.

En ne plaçant plus l’homme sur son piédestal Olympien, en retirant à la femme ses liens étroits, ses racines communes avec l’antique Terre sacrée, en transformant le couple divin des origines en simples quidam, nous tentons encore une fois de plus de fuir vers un lendemain qui chantera ou pas, nous n’en savons rien.

Cette notion de parité est juste, bien sur je ne saurais la remettre en question tant l’injustice réclame d’être lavée, réparée, pour que tout le monde reparte du bon pied.

Mais on pourrait la considérer aussi comme l’antichambre d’une nouvelle catastrophe à venir, celle de l’indifférenciation.

Nous avons déjà énormément progressé dans l’indifférence que nous entretenons les uns vis à vis des autres.

Le pas suivant sera t’il décisif pour rejoindre la terre promise sur laquelle le désir humain engendrera des fruits sans goût, sans genre, sans préférence particulière et sans mystère.

L’avenir seul nous le dira et sans doute aussi restera t’il quelque rêveur d’un nouveau genre interprétant la profondeur toute neuve de la nuit étoilée.

Et peut-être pour ajouter un peu plus de piment à l’anecdote que ce ne seront que de nouveaux mais toujours semblables préliminaires à une nouvelle idée de pénétration …

pourquoi pas ?