Le monde

Quelque chose s’étend, s’étire, me contient et que je ne peux pas appréhender autrement que par les sens, par un filtre que je pose sans arrêt sur ce quelque chose.

Il se peut qu’il ne soit qu’un profond silence, ou une cacophonie magistrale, ou bien encore une symphonie inconnue.

Je ne sais pas.

J’ai choisi aujourd’hui de ne pas vouloir savoir.

Parce qu’à chaque fois je sais que je me trompe.

Quel que soit la définition que je veux donner du monde,

ce ne sera pas la bonne

ni la mauvaise d’ailleurs

ce ne sera que la mienne

Ma propre ou sale définition du monde

selon mon humeur, mon désir, ma défaillance, mon courage ou ma lassitude.

Le fait que je me trompe n’est pas bien grave, en soi

Le fait que j’ai parfois raison non plus.

Dans le fond je ne retiens jamais qu’un presque rien du monde.

Une faible portion, un tri que j’effectue, à ma convenance ou à ma déconvenue.

Kafka dans son journal disait :

Chaque jour entre le monde et moi il me faut braquer une phrase contre moi.

Il n’avait pas tort

pas raison non plus

ce qu’il faut retenir c’est que le monde m’interpelle toujours

qu’il soit à l’extérieur ou à l’intérieur de moi

j’ai le choix de le peindre, de l’écrire

ou de ne rien faire.

De m’enfouir dans ce contact comme deux corps qui s’étreignent

pour trouver une intersection de chaleur, de joie ou de plaisir

Cela ne change rien à la majorité du monde.

Et peut être un tout petit peu frémit-il ?

Va savoir

Va connaître.

Paradoxe

C’est avec des idées bien embrouillées que l’odeur du café m’extirpe des bras de Morphée et si la première phrase qui me vient à l’esprit ce matin est :

L’univers est une illusion.

Je n’en suis pas plus rassuré pour autant.

Car dans ce cas, comment parvenons nous à maintenir si solidement cette illusion depuis tant d’années, de siècles, de millénaires ?

Comment les règles que nous nous fixons depuis toujours, en maths, en géométrie, en physique, quelle soit quantique, ou autre continueraient-elles à produire des résultats à peu près toujours similaires ? Que nous nous obligerions à toujours vouloir similaires ?

Nous nous accrochons ainsi à des processus, des « how to » plus par confort, par habitude, en imaginant que le résultat sera toujours le même par ces moyens.

Dans le fond je ne suis pas loin de penser que c’est parce que nous imaginons ce résultat à l’avance que les processus fonctionnent. Les processus ne seraient alors que le prétexte à créer un chemin mental vers ce résultat attendu.

L’univers est une illusion.

Les aborigènes australien parlent du « Dream Time » depuis toujours. Et leurs rituels n’ont rien à envier à nos formules mathématiques, nos processus modernes de fabrication de ce rêve que nous appelons naïvement « réalité ».

Dans les rêves justement, il suffit juste de penser à une chose pour qu’elle advienne, immédiatement, comme par magie. Dans les cauchemars aussi d’ailleurs.

Cependant que nous n’en savons guère plus sur le contrôle de nos rêves que de la pseudo réalité.

Carlos Castaneda parlait d’un entrainement quotidien dont l’essentiel était de maintenir la conscience de ses mains pour s’enfoncer progressivement, habilement, dans le sommeil et les rêves.

En maintenant cette « attention » farouchement sur un point focal facile , nos propres mains, nous obtiendrions, avec l’habitude, la régularité et surtout la croyance que cela fonctionne, la possibilité de créer ainsi un pont, une passerelle entre ces deux états, l’éveil et l’endormissement, qui, j’en suis persuadé désormais n’est rien d’autre que la même chose sauf pour de très rares personnes.

En réfléchissant à cela et en établissant un parallèle avec le dessin, j’entrevois comme une sorte d’écho à ce qu’évoque Castaneda.

S’enfoncer dans un dessin finalement c’est aussi traverser la paroi poreuse des rêves et des pseudos réalités.

Hier j’ai voulu tenter cette expérience de partir ainsi au hasard des traits, des lignes, avec mon crayon comme objet de concentration. Sans justement vouloir établir de processus compliqué, en partant juste de la contrainte du trait de la hachure plus ou moins épais, plus ou moins resserrée ou écartée.

A un moment donné, je suis « tombé » dans le dessin tout entier sans savoir ce qu’il représentait, juste des vibrations de valeurs, des ondulations provoquées par le sens des hachures.

Comme on utilise le rythme des tambours on peut utiliser le son de la pointe du crayon comme signal auditif, comme source d’attention également pour pénétrer aussi dans ce monde bizarre de traces qui soudain forme un univers à part entière.

On peut alors comprendre que des forces qui n’ont rien à voir avec l’intellect classique exercent des pressions, des accélérations et des ralentissements, à la fois utilisant la lourdeur et la légèreté, pour résumer maladroitement.

Le dessinateur devient comme une antenne et la main prolongée du crayon devient cette partie mobile qui réagit aux informations captées.

voilà comment on peut vouloir atteindre un objectif : dessiner

et se retrouver sourcier ébahit par la cartographie d’un terrain étrange que l’on vient de « réaliser ».

PARADOX

It is with very confused ideas that the smell of coffee extricates me from the arms of Morpheus and if the first sentence that comes to mind this morning is:

The universe is an illusion.

I am not reassured either.

Because in this case, how do we manage to maintain this illusion so solidly for so many years, centuries, millennia?

How do the rules we have always set for ourselves, in math, geometry, physics, quantum, or other, continue to produce results that are almost always similar? That we would force ourselves to always want similar?

We cling to processes, "how to" more comfort, habit, imagining that the result will always be the same by these means.

In the end I am not far from thinking that it is because we imagine this result in advance that the processes work. The processes would then be only the pretext to create a mental path towards this expected result.

The universe is an illusion.

Australian aborigines have been talking about "Dream Time" forever. And their rituals have nothing to envy to our mathematical formulas, our modern processes of manufacturing this dream that we call naively "reality".

In dreams, just think of something to happen immediately, just like magic. In nightmares too.

However, we know little more about the control of our dreams than the pseudo reality.

Carlos Castaneda spoke of a daily training whose main thing was to maintain the consciousness of his hands to sink gradually, skillfully, in sleep and dreams.

By keeping this "attention" fiercely on an easy focal point, our own hands, we would obtain, with the habit, the regularity and especially the belief that it works, the possibility of thus creating a bridge, a bridge between these two states, awakening and falling asleep, which I am now convinced is nothing but the same thing except for very few people.

Reflecting on this and drawing a parallel with the drawing, I see a kind of echo to what Castaneda evokes.
 Sinking into a drawing is also crossing the porous wall of dreams and pseudo realities. 

 Yesterday I wanted to try this experience to leave random lines, lines, with my pencil as object of concentration. Without precisely wanting to establish a complicated process, starting from the constraint of the line of the hatch more or less thick, more or less tightened or removed. 

 At one point, I "fell" into the entire drawing without knowing what it represented, just the vibrations of values, the undulations caused by the direction of hatching. 


 As we use the rhythm of the drums we can use the sound of the pencil tip as an auditory signal, as a source of attention also to penetrate also into this weird world of traces which suddenly forms a universe in its own right. 

 One can then understand that forces that have nothing to do with the classical intellect exert pressures, accelerations and slowdowns, both using heaviness and lightness, to summarize awkwardly. 

The designer becomes like an antenna and the extended hand of the pencil becomes this mobile part that reacts to the information collected. 
 That's how you want to reach a goal: draw and to be found dowsing amazed by the mapping of a strange land that we have just "realized".  

« J’arrête parce que je n’ai pas de talent »

travail à l’encre de chine sur le thème du visage réalisé par un élève de l’atelier.

Oui tu as bien lu :

 » j’arrête parce que je n’ai aucun talent, parce que je crois que le talent est une sorte de don qui tombe du ciel et qui frappe au hasard certaines personnes, et je ne suis pas une de ces personnes voilà tout »

C’est une phrase que j’ai plusieurs fois entendue dans mes cours de dessin et de peinture.

Des gens viennent à l’atelier avec une idée et quand le résultat ne correspond pas à l’idée qu’ils se font faite, ils se découragent.

Puis ils commencent à sécher certains cours et pour finir, ils abandonnent, ils capitulent, ils ne viennent plus.

Je me suis longtemps demandé si cela venait de moi, de ma manière d’enseigner le dessin et la peinture .

Quand je perds un élève, je commence toujours par me demander si je ne suis pas responsable de cet état de fait.

Cela m’a beaucoup aidé de m’impliquer ainsi à 100% en pensant que tout provenait de ma façon d’enseigner et, ainsi, au fur et à mesure des années et j’ai pu améliorer ma pédagogie.

Mais il est arrivé un moment où j’ai dû me rendre à l’évidence :

Je ne peux pas tout maîtriser au sein de l’atelier et surtout les élèves qui y viennent ont le droit d’avoir leurs propres difficultés psychologiques, leurs peurs , et le manque de confiance qui va avec.

Depuis maintenant deux ans, j’alimente mes cours en contenu philosophique, en anecdotes, parfois aussi en blagues, afin de désamorcer ces peurs et ce manque de confiance que la plupart des gens ont quand il s’agit de vouloir s’exprimer.

Je suis parti d’un constat l’ayant moi-même expérimenté la pédagogie académique classique ne correspond pas à tout le monde.

J’ai donc mis au point ma propre pédagogie au travers d’exercices ludiques, en trouvant tout un tas d’astuces pour attirer l’attention des élèves sur les raisons d’être de la ligne, du point, de la masse, des couleurs et de l’équilibre et du déséquilibre dans un dessin ou une peinture.

J’ai fait de l’atelier un lieu de détente agréable dans lequel les gens qui y viennent se sentent en confiance, expérimentent des manières de travailler dans la bienveillance et l’absence de jugement négatif.

Et tu sais ce qui me réjouit le plus c’est de constater combien certaines personnes, souvent celles qui manquaient le plus de confiance en elles se sont mises à changer, à progresser, à dépasser leurs peurs.

Une fois par an j’organise une exposition des œuvres de l’ensemble des élèves à l’atelier. La première année où j’ai ouvert il n’y avait pas beaucoup de monde à l’expo et désormais chaque année l’événement attire de plus en plus de monde.

L’année dernière nous avons eu un peu plus de 50 personnes sur le week-end où l’expo avait été programmée, et de nouvelles inscriptions.

Le talent nous n’en parlons plus vraiment dans les cours, nous parlons bien plus de régularité, de travail quotidien, de la durée de ces moments où l’on choisit de prendre un crayon ou un pinceau pour s’accorder le droit de s’exprimer durant les jours où les élèves sont chez eux.

Car la vraie raison à la stagnation n’est pas l’absence de talent, mais c’est de se réfugier confortablement derrière ce faux constat, de ne pas faire le choix de s’installer régulièrement à sa table ou à son chevalet quelque soit les préoccupations de la journée.

On peut s’imaginer beaucoup de choses en dessin, en peinture, et dans tous les autres domaines de la vie mais cela reste à l’état de rêve tant qu’on ne met pas en place une stratégie qui nous convient vraiment. Tant qu’on ne passe pas à l’action, on n’a pas le droit de se dire: « j’arrête parce que je n’ai pas de talent »

On n’a pas le droit de capituler et d’abandonner parce que ton existence après cette défaite sera encore plus amère et tu te poseras encore plus en victime du sort ou de je ne sais quoi d’autre.

Mais sois honnête avec toi même, tu sauras dans le fond de toi que c’est un mensonge, que tu n’as pas fait tout ce qui était en ton pouvoir pour changer cet état de fait.

Voilà tout cela pour te dire que j’ai envie d’agrandir le périmètre de mes cours, pour que toi et un maximum de personnes qui pensent à tort ne pas avoir de talent viennent et reprennent confiance en eux.

Si tu veux en savoir plus n’hésite pas à t’inscrire à mes contacts privés.

https://urlz.fr/aSST

autoroutes, routes,chemins,sentiers..

La voie verte à Sablons bord du Rhône Photo Patrick Blanchon

Imagine le moment du départ, chacun sur ses starting blocks encore dans la bourse paternelle et puis le cri est lancé on s’engage à toute vitesse sur l’autoroute et déjà il y a de nombreuses victimes, celles qui rêvaient douillettement et qui n’ont pas saisi l’urgence, celles qui ne courent pas assez vite et qui sont écrasées par la vitesse des autres, comme dans les départs en vacances.. des milliers de victimes restent sur le carreau. Beaucoup continueront l’épopée magique mais à la fin c’est par les plus ardus sentiers que les parois seront franchies enfin par le champion toutes catégories, je veux dire toi bien sur.

Tu ne t’en souviens plus, bien sur, mais tu es déjà un champion merveilleux sélectionné parmi des milliers, peut-être même des milliards d’autres pour parvenir sur une nouvelle autoroute et tout recommencer à nouveau.Tous ceux que tu vas rencontrer dans cette vie sont des champions comme toi alors ne les dénigre pas ni ne te dénigre pas , c’est comme ça.

Bien sur désormais tu es conscient alors que tu n’avais comme seul moteur que l’instinct, que la poussée du destin ou de la fatalité suivant comme tu veux prendre les choses. Conscient ! tu te rends compte de ce cadeau inouï que l’univers te fait, pas sur…

Le temps que tu te plaignes un bon coup parce que tu as faim, soif, pas assez chaud, passez froid .. pas assez ou trop de… comme tu as l’art de perdre du temps comme si celui ci était illimité !

La course continue cependant belle et bonne ,même si tu restes immobile, même si tu ne fais rien ou si tu crois que tu fais énormément.. sur le plan quantique aucune espèce d’importance tout cela.

Ce qu’il faudra que tu apprennes est déjà dans la mémoire du futur programmé et le plus beau c’est que ton cœur seul pourra donner sens à la réalité que tu vivras que nous vivrons et même la modifier.

Identification d’un peintre

Patrick Blanchon 2018 huile sur toile

Ce besoin d’identifier les choses et les êtres , de les nommer pour apaiser les turbulences premières que ceux-ci produisent en soi ou hors de soi, cette volonté de conserver stable le point de vue ainsi élaboré, voici comment est constituée ce que nous nommons la réalité.

Ainsi cette réalité si l’on en convient, et parfois on s’en convainc à plusieurs, à moins qu’on nous l’impose, n’est qu’une fiction choisie ou subie.

A l’horizon des villes s’étend la campagne et mon esprit vaste comme ses plaines, élevé comme ses monts, sombre comme ses gouffres.

Les premiers contacts réciproques ne furent pas une sinécure. L’ennui des paysages m’est tombé dessus comme une chape de plomb dès l’adolescence. Et je revenais vers la ville alors en tremblant d’impuissance de n’avoir pu supporter notre non sens mutuel.

Puis j’ai connu ce qui restait des bordels, des ports et des tavernes, cherchant à étancher ma soif à l’illusion de toutes mes agitations. Celles ci avaient de beaux seins lourds et l’œil fardé troublé du reflet de mes désirs innommables. S’enfoncer dans le tunnel infini sans espoir de trouver la lumière, lâchant prise à cette quête soudain n’y tenant plus de cet excès nauséabond de trop d’espérances, d’inventions.

Et c’est à ce moment là que j’ai ouvert les mains et que je t’ai trouvée, blanche et muette, offerte, prête à recommencer tous les voyages, afin de me distraire de l’inquiétude de la répétition.

Peu importe que l’on ne puisse m’identifier comme peintre, les fruits que nous avons conçus sont la trace de nos ébats, rejetons de mes vices, enfants de tes vertus.