Ce cancer qui nous ronge

Parmi toutes les formes de cancer il y a celles qui sont pointées, identifiées, étiquetées par les experts médicaux et puis il y a toutes celles dont on ignore à peu près tout des causes, on ne peut que constater leur travail une fois le recul atteint, une fois le décès clairement établi, une fois que le deuil est achevé aussi. En tant que jeune con plein de vigueur j'avais passé en revue un certain nombre d'hypothèses sur ma propre façon de disparaître, un jour où l'autre et j'avais épluché à peu près tous les manuels de médecine qui m'étaient passés sous la main. Au bout du compte après avoir feuilleté de milliers de pages et retenu assez peu de l'immense richesse que recelait la maladie en général d'arriver par tout un tas de causes plus ou moins bien définies, je décidai un beau matin de fuir la littérature médicale. Mon obsession de la mort ne s'en trouvait pourtant pas ni atténuée ni résolue pour autant, mais j'avais compris que la médecine ne me mènerait qu'à une impasse. C'était déjà une fameuse victoire en quelque sorte, et je pris le parti d'oublier complètement les différents organes qui me constituaient, leur lieux et leurs fonction, et tous les symptômes possibles et inimaginables sur lesquels j'avais installé inconsciemment une veille. La moindre migraine, le plus petit bouton, la rougeur suspecte, l’ictère et le mal de dos ne devinrent plus désormais que des gènes avec lesquelles il fallait compter comme on fait quand il pleut, quand il neige et que l'on doit de toutes façon partir d'un point A pour aller vers un fichu point B. La gène, le symptôme, l'imagination de devoir mourir d'un moment à l'autre d'un rhume, d'une chute, d'un cancer, ou de toute autre cause, j'avais décidé de m'en foutre royalement parce que dans le fond mon étude des maladies n'avaient en rien calmé ma panique et donc tout cela ne servait à rien.

Prématuré

Un mois et quelques jours de couveuse plus tard la sensation de capter le monde derrière les vitres épaisses d'un aquarium m'accompagnera pendant longtemps. Et bien qu'au départ je n envisage pas cela comme un handicap, n'ayant finalement aucun point de comparaison , il en découlera peu à peu une intimité avec l'étrangeté du monde qui finira par devenir le lieu de ma contestation, de ma construction personnelle et mon refuge tout en même temps ; n'existons nous pas avant tout par ce contre quoi nous nous opposons ?

lutter contre l’insignifiance

Il se leva et aussitôt un sentiment d'insignifiance formidable s'empara de lui. C'était comme un nouveau costume qu'il venait d'enfiler. En l'espace de quelques minutes, tout au plus une heure, tout ce qui avait eu jusque là la moindre importance à l'extérieur comme à l'intérieur de lui s'était engouffré dans cette étrange sensation qu'il éprouvait désormais.

Le vieux et son chien.

Au bout d'un quart d'heure, le  gomme à mâcher  avait perdu tout son goût, et le vieux s’apprêtait à s'en débarrasser  lorsque la première biche surgit. Elle se tenait immobile à quelques mètres en retrait du chemin et bientôt une autre la rejoignit, puis enfin le grand cerf apparu à son tour. 

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