Le petit sentier #5

A choisir entre le talent, le génie, et le coup de bol , surtout n’hésite pas, choisis la régularité.

Comment à écouter les génies on finit par se prendre pour un daemon

Il y a une catégorie de personnes dont j’ai longtemps fait partie qui considèrent la peinture comme un objet sacré, c’est à dire que ce n’est pas un simple « hobby », un « passe temps » mais quelque chose de tellement sérieux que l’on se dit

Wouah c’est plus fort que moi, il faut absolument que je peigne.

Cela part sans doute d’une intention honnête, représenter le monde, qu’il soit intérieur ou extérieur, c’est un peu comme vouloir le nommer, et nous savons que la Bible par l’entremise du Créateur à donné comme « devoir » à l’homme de nommer les choses.

Il y a donc quelque chose qui touche au sacré sans que l’on s’en rende compte tout de suite évidemment.

Et, aujourd’hui le sacré est tellement loin en apparence de nous qu’on ne sait plus guère la puissance et la volonté de notre esprit, de notre cœur, de notre âme , pour renouer avec cet essentiel.

Je ne parle pas de religion, ni d’église mais de ce sentiment qui peut nous tomber dessus lorsque on l’éprouve en découvrant qu’il y a tant de choses qui nous dépassent totalement.

Découvrir notre petitesse et l’immensité de l’univers et établir soudain ce rapport entre les deux, c’est ce que j’appelle « toucher au sacré ».

Remontons en arrière pour découvrir l’origine du génie et les qualités du ressort.

Aussi loin que je m’en souvienne j’ai toujours éprouvé ça. Que tout ce qui m’entoure est bien plus grand que ma petite personne.

Bien sur c’est un sentiment enfantin qui provient aussi de la maltraitance, mais peu importe comment on l’obtient dans le fond, si je dépasse les causes et les raisons le résultat est là j’ai découvert le sacré ou ce que les psychologues nomment la sublimation très tôt.

Le grand danger auquel je n’ai pas échappé c’est de me croire à un moment « élu » supérieur à la plupart des gens car investit d’une mission, celle de marcher vers l’art, celle de vouloir exprimer tout cela. Et oui mais j’avais tellement été brimé, opprimé c’était la voie que j’avais voulu choisir pour me révolter , devenir une sorte de saint, de génie, en tous cas un être singulier connecté avec les puissances inquiétantes et magnifiques de l’invisible.

C’est tout à fait comme ça que j’ai commencé à « mal tourner » mais j’y reviendrai dans un autre texte, j’essaie de ne pas perdre le fil de mon article.

L’enfance de l’art où comment on devient créatif quand on n’a pas de temps.

Je me souviens de mes débuts en peinture, enfant, j’avais cette pulsion qui me portait d’un seul coup à m’emparer des tubes de couleur de ma mère, à lui piquer du papier et des pinceaux et à barbouiller quelques heures sur le carrelage du sol de la cuisine. C’était vraiment des moments extraordinaires , mais ils n’étaient que trop rares je crois, parce que dans ce domaine on ne me prêtait pas beaucoup d’attention, on ne m’encourageait pas non plus. Je n’avais pas grand chose pour m’accrocher à mon envie sinon le souvenir des émotions qui me traversaient lorsque je barbouillais. Alors je pratiquais peu, parfois en cachette, toujours dans l’urgence de peur d’être dérangé.

Les rares fois où j’avais droit à une observation ce n’était pas pour m’encourager, mais plutôt pour me rabrouer parce que je salissais le sol, ou bien pire je ne faisais que perdre « mon temps » alors qu’il y avait quantité de choses plus utiles à faire comme balayer la cour, ranger les stères de bois, faire mes devoirs et bien d’autres choses encore.

Le fait ainsi d’éprouver la joie de peindre s’est souvent trouvée accompagnée d’une sorte de culpabilité, et aussi d’une sorte de rage parce que je me rebellais contre tout cela bien sur, je trouvais que c’était injuste.

D’ailleurs la seule vraie colère, celle qui vaut vraiment le coup d’être exprimée est toujours liée à l’injustice quand j’y repense. A l’époque je ne savais pas encore que cette colère avait aussi à voir avec un besoin de liberté.

Le fait est que cette façon d’appréhender la peinture m’a donné une sorte de cadre et que dans bien des activités je n’ai eu de cesse de le reproduire. Le cadre c’est cette urgence de peindre vite de peur d’avoir tout à ranger d’un moment à l’autre, et d’être rabroué.

Evidemment, j’ai reporté quelque chose de tout ça dans ma vie scolaire et par opposition j’ai cultivé la procrastination à la hauteur d’un sacerdoce.

Puisque j’étais contraint à jouir dans l’urgence de ma passion, pourquoi ne pas en faire de même avec les tâches scolaires, bien plus arides.

J’ai toujours fait mes « devoirs » à la dernière minute, parfois l’encre n’était pas encore sèche quand je rendais mes copies de rédaction, de version latine, et j’en passe et des meilleurs et des pires.

Cette habitude de pratiquer mes obligations comme mes plaisirs à la façon d’un ressort que l’on doit compresser fortement avant de le relâcher violemment m’a sans doute entraîné à conserver une forme de spontanéité non pas enfantine mais issue à la fois du hasard et de la nécessité.

Quand établir des plans ne sert de rien puisque il y a toutes les chances de ne pas pouvoir les appliquer, c’est à dire compter sur un déroulement ordinaire du temps, alors il faut s’en remettre à l’intuition, au hasard, au « génie » comme Socrate parlait de son « daemon. »

Et effectivement en dehors de tout cadre scolaire, universitaire je n’ai jamais fait confiance à autre chose dans ma vie pour apprendre qu’à ce « daemon ».

De là à confondre le daemon et moi il n’y avait évidemment qu’un pas à franchir, que j’ai dans ma jeunesse franchi allègrement.

Cette drogue dure qu’est la procrastination je devais en avaler durant parfois des semaines, des mois avant de me sentir soudain traversé à nouveau par le génie et poussé par la violence du ressort qui soudain se relâche, me mettre à peindre comme un fou.

Bien sur mon histoire est extrême proche de la caricature, mais dans la première partie de ma vie je m’y reconnais assez fidèlement.

Ensuite, j’ai décidé un beau matin de dire tchao à mon daemon après tant d’années de bons et loyaux services j’ai formé le souhait qu’il s’en aille au diable mais c’était encore là une erreur. On ne peut pas répudier le daemon comme cela sinon il travaille en tache de fond, dans l’inconscience et ça peut faire vraiment mal.

J’ai donc eu mal encore bien sur mais bon, l’équilibre est une chose tellement difficile à trouver que cela vaut bien un peu de sacrifice.

La découverte de la lune, du fil à couper le beurre et même mieux : la régularité !

Et puis un jour on revient dans « le siècle » comme autrefois les moines se défroquaient.

On comprend que l’on est arrivé à un age où le temps est compté, où il devient d’autant plus précieux.

Alors on se met à pratiquer une discipline de travail parce qu’aussi on est plus tranquille, plus apaisé. On n’attend plus grand chose de l’extérieur car le vrai plaisir, c’est ce que l’on fait tous les jours et c’est d’une simplicité folle et on se demande pourquoi il aura fallu tout ce temps, toute cette errance pour en arriver là.

Alors on bosse, on peint, mais ça pourrait être aussi bien n’importe quelle autre activité humaine cela n’a pas d’importance. Ce qui est important en revanche c’est d’avoir fait de soi un axe autour duquel tourne la journée et le monde sans bruit,

Sans bruit l’axe, sans bruit le monde.

Bon je pourrais dire choisis la régularité dans tout ça mais quand j’y repense je ne peux pas t’empêcher non plus de vivre une fabuleuse aventure car côtoyer le génie, le daemon , dans le fond c’est d’un bien meilleur commerce que de côtoyer les gens qui n’ont pas de rêve, pas d’espoir, pas d’envie.

Illustration de l’article, « Limites de la dispersion » huile sur toile, 100×100 cm terminée en 2020

L’extraordinaire et le banal

Au fur et à mesure où je progresse dans ma façon d’enseigner la peinture, je ne peux que constater la difficulté à établir une différence entre une réalisation extraordinaire et une réalisation passable voire « correcte » ou « normale ».

Au début des impératifs de bienveillance minimum m’ont sans doute poussé à mettre de coté tout jugement négatif sur les travaux réalisés par les élèves. Mais peu à peu je me suis aperçu que la seule bienveillance n’était pas le filtre principal de l’analyse.

Quelque chose d’autre intervenait et qui semblait gommer les critères habituels qui ont l’habitude de déterminer ce qu’on appelle communément « une bonne peinture » ou une « mauvaise peinture ».

Peu à peu le cadre de référence bougeait, ses contours devenaient flous et cela m’entraîna à me questionner plus profondément encore sur les différentes propriétés d’une oeuvre d’art. Qu’est ce qui fait qu’un réseau de lignes de formes de couleurs à la fin puisse être nommé oeuvre, voire chef d’oeuvre ?

Je crois que les points de repère en ce moment où j’écris ces lignes sont en train de se modifier non seulement concernant les critères sur lesquels nous avions l’habitude de nous appuyer pour déterminer la valeur d’un tableau, d’un dessin, mais plus généralement la valeur de tout ce qui est fabriqué par l’être humain.

Cette valeur associée généralement au temps de travail, à l’argent est peut-être en train de tomber en désuétude, le système économique et politique qui nous a poussé à aposer une valeur à toute chose est en train de s’essouffler et cet essoufflement nous obligerait à revoir nos définitions.

Concomitamment il est d’usage de conserver à l’esprit que ce qui dans ce système apporte de la valeur c’est la rareté ou l’unicité d’un objet, d’une « chose ». Or avec l’avènement de la photographie numérique et tout le marché de la reproduction des œuvres d’art une ambiguité peut être observée désormais entre ce que nous nommons rare, unique, et la production en série de ce même objet notamment dans le domaine des œuvres d’art.

Le fait de restreindre la multiplication des tirages à un nombre limité ajoute encore à cette ambiguïté car on voit bien que les artistes ou les éditeurs tentent encore de récupérer une aura de rareté caractéristique de la notion d’oeuvre d’art.

En parallèle si l’on fouille désormais sur la toile on peut constater des différences impressionnantes de tarification notamment en peinture pour un même format qui, si autrefois signalait au collectionneur une renommée, une reconnaissance de l’artiste qui pouvait le rassurer dans ses investissements, ne veut plus dire grand chose actuellement.

Cela signifie que le marché de l’art tel que nous l’avons connu, est en train de rendre l’âme ou bien peut-être est t’il déjà mort et ce que nous voyons de lui désormais ne sont que des traces vagues, ectoplasmiques qui perdurent encore pour une durée plus ou moins longue.

L’élitisme qui porte au nues tel ou tel artiste afin de le proposer comme placement rentable n’intéresse au final que cette même élite qui finira par s’entre dévorer elle même à terme.

Le spectacle médiatisé des ventes de chez Christies n’interesse que peu de monde vraiment, il scandalise plus qu’autre chose le « bon peuple » et le fait rêver par la bande à cette position quasi divine qu’occupe un artiste de façon artificielle, imaginaire.

L’argent et les investissements ne sont pas, ne peuvent être la finalité des œuvres.

Elles doivent être utiles au contraire et sans doute que l’avenir est à rechercher dans cette notion d’utilité associée au collectif, au plus grand nombre.

Dans le fond il se pourrait que les œuvres d’art tel qu’on nous les a présenté depuis des siècles désormais aient été détournées de leur fonction véritable qui est de révéler, ou de rappeler que nous sommes la plupart du temps aveugles à ce qui nous entoure.

La plupart d’entre nous ne prenons pas le temps de voir le monde autour et à l’intérieur de chacun de nous. Lorsqu’il arrive que nous en prenions conscience, que nous le regrettions, la rencontre d’une oeuvre d’art nous rappelle alors la fonction de l’art et des artistes, leur utilité qui est de permettre à la communauté de retrouver le fil ténu qui permet de traverser les labyrinthes politico économiques qu’une poignée de personnes peu scrupuleuses ont délibérément construit pour mieux nous égarer.

En général le mot d’ordre des constructeurs de labyrinthe c’est à tout prix de vouloir établir une frontière entre l’extraordinaire et le banal la médiocrité, et l’oeuvre d’art aura souvent été proposée au même titre que les religions en fer de lance de croisades dans lesquelles plus personne ou presque ne se sent l’envie de s’engager.

ainsi comme je peux désormais le constater il ne s’agit pas de bienveillance lorsque je comprends les travaux de mes élèves et ne porte pas de jugements critique de valeur.

Cette difficulté provient d’un trouble bien plus profond qui me semble t’il ne me permet plus d’établir mon opinion aujourd’hui sur des critères moribonds.

Je me demande si au delà du cadre de l’enseignement du dessin et de la peinture, la même difficulté ne pourrait pas se rencontrer dans tous les autres domaines de l’enseignement en général.

L’enseignement de la peinture, son exercice même aura durant de longues années non seulement continué à former mon regard sur ce qui a pour habitude de constituer un tableau mais au delà cela m’aura permis de m’interroger bien plus profondément au delà du cadre de celui-ci sur ce que nous avons coutume de nommer l’extraordinaire et le banal.

« J’arrête parce que je n’ai pas de talent »

travail à l’encre de chine sur le thème du visage réalisé par un élève de l’atelier.

Oui tu as bien lu :

 » j’arrête parce que je n’ai aucun talent, parce que je crois que le talent est une sorte de don qui tombe du ciel et qui frappe au hasard certaines personnes, et je ne suis pas une de ces personnes voilà tout »

C’est une phrase que j’ai plusieurs fois entendue dans mes cours de dessin et de peinture.

Des gens viennent à l’atelier avec une idée et quand le résultat ne correspond pas à l’idée qu’ils se font faite, ils se découragent.

Puis ils commencent à sécher certains cours et pour finir, ils abandonnent, ils capitulent, ils ne viennent plus.

Je me suis longtemps demandé si cela venait de moi, de ma manière d’enseigner le dessin et la peinture .

Quand je perds un élève, je commence toujours par me demander si je ne suis pas responsable de cet état de fait.

Cela m’a beaucoup aidé de m’impliquer ainsi à 100% en pensant que tout provenait de ma façon d’enseigner et, ainsi, au fur et à mesure des années et j’ai pu améliorer ma pédagogie.

Mais il est arrivé un moment où j’ai dû me rendre à l’évidence :

Je ne peux pas tout maîtriser au sein de l’atelier et surtout les élèves qui y viennent ont le droit d’avoir leurs propres difficultés psychologiques, leurs peurs , et le manque de confiance qui va avec.

Depuis maintenant deux ans, j’alimente mes cours en contenu philosophique, en anecdotes, parfois aussi en blagues, afin de désamorcer ces peurs et ce manque de confiance que la plupart des gens ont quand il s’agit de vouloir s’exprimer.

Je suis parti d’un constat l’ayant moi-même expérimenté la pédagogie académique classique ne correspond pas à tout le monde.

J’ai donc mis au point ma propre pédagogie au travers d’exercices ludiques, en trouvant tout un tas d’astuces pour attirer l’attention des élèves sur les raisons d’être de la ligne, du point, de la masse, des couleurs et de l’équilibre et du déséquilibre dans un dessin ou une peinture.

J’ai fait de l’atelier un lieu de détente agréable dans lequel les gens qui y viennent se sentent en confiance, expérimentent des manières de travailler dans la bienveillance et l’absence de jugement négatif.

Et tu sais ce qui me réjouit le plus c’est de constater combien certaines personnes, souvent celles qui manquaient le plus de confiance en elles se sont mises à changer, à progresser, à dépasser leurs peurs.

Une fois par an j’organise une exposition des œuvres de l’ensemble des élèves à l’atelier. La première année où j’ai ouvert il n’y avait pas beaucoup de monde à l’expo et désormais chaque année l’événement attire de plus en plus de monde.

L’année dernière nous avons eu un peu plus de 50 personnes sur le week-end où l’expo avait été programmée, et de nouvelles inscriptions.

Le talent nous n’en parlons plus vraiment dans les cours, nous parlons bien plus de régularité, de travail quotidien, de la durée de ces moments où l’on choisit de prendre un crayon ou un pinceau pour s’accorder le droit de s’exprimer durant les jours où les élèves sont chez eux.

Car la vraie raison à la stagnation n’est pas l’absence de talent, mais c’est de se réfugier confortablement derrière ce faux constat, de ne pas faire le choix de s’installer régulièrement à sa table ou à son chevalet quelque soit les préoccupations de la journée.

On peut s’imaginer beaucoup de choses en dessin, en peinture, et dans tous les autres domaines de la vie mais cela reste à l’état de rêve tant qu’on ne met pas en place une stratégie qui nous convient vraiment. Tant qu’on ne passe pas à l’action, on n’a pas le droit de se dire: « j’arrête parce que je n’ai pas de talent »

On n’a pas le droit de capituler et d’abandonner parce que ton existence après cette défaite sera encore plus amère et tu te poseras encore plus en victime du sort ou de je ne sais quoi d’autre.

Mais sois honnête avec toi même, tu sauras dans le fond de toi que c’est un mensonge, que tu n’as pas fait tout ce qui était en ton pouvoir pour changer cet état de fait.

Voilà tout cela pour te dire que j’ai envie d’agrandir le périmètre de mes cours, pour que toi et un maximum de personnes qui pensent à tort ne pas avoir de talent viennent et reprennent confiance en eux.

Si tu veux en savoir plus n’hésite pas à t’inscrire à mes contacts privés.

https://urlz.fr/aSST