#propos sur la peinture| Un site d’idées, expériences, notes, la vie des ateliers, la vie de peintre…

Un nouveau site wordpress destiné plus spécifiquement à la peinture, aux ateliers, aux élèves passés, présents ou futurs. Bref encore un nouveau chantier. Quelques articles seulement pour le moment pour observer le bon fonctionnement de ce que j’ai mis en place. Juste un doute pour la partie « abonnements ». J’ai placé un widget « meta » pas sur qu’il fonctionne au niveau de l’inscription. Si vous voulez tester et me faire retour merci d’avance 😉

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Comment (bien ?) dévorer un éléphant ?

C’est gentil un éléphant, personnellement je n’aurais pas l’idée débile de manger de l’éléphant, mais d’autres n’ont pas cette sorte de délicatesse. La métaphore est abondamment utilisée lorsqu’il s’agit d’organisation, de projets, d’objectifs à atteindre.

— Comment t’y prendrais-tu pour avaler un éléphant ? m’avait demandé l’animateur du stage que je m’étais payé avec mes propres deniers pour apprendre à m’organiser.

J’étais cette année là encore au 36 ème dessous.

Ma compagne de l’époque m’avait quitté en me traitant d’individu toxique, j’étais sur la sellette dans mon job, et ce fut à peu près en même temps que mon vieux break Renault me lâcha.

A vrai dire rien n’allait plus vraiment , mais je ne m’en rendais pas compte. Ou du moins je n’accordais pas une importance capitale à ces difficultés, pas plus qu’aux factures empilées sur un coin du bureau, pas plus qu’aux coups de fil répétés de mon banquier qui me suppliait de plus en plus agressivement de repasser au vert.

Je crois que me payer ce stage était tout à fait le genre de réflexe totalement idiot auquel ma destinée me lie comme la bave l’est aux babines du chien de Pavlov. Je veux parler du reflexe de m’engager dans l’absurdité la plus totale pour me tirer d’affaire de l’absurdité en général, ce qui, vu de loin, semble réunir tous les signes avant-coureurs de l’idiotie , sauf que moi j’y voyais comme une lueur au bout d’un tunnel.

Un mois de stage pour me tirer d’affaire. Seulement 30 petites journées pour remodeler toute ma vie et redevenir « clean », vivable pour les autres et moi-même, je me disais que ce n’était pas si cher payer, pas la mer à boire.

J’avais donc mis mes derniers ronds dans ce stage que ma banque allait m’offrir à tempérament durant des mois, dans les 50 francs par mois, ce qui s’additionnait à la longue liste de mes abonnements en tous genres qui ne me servaient pas à grand chose, sinon à rien. Ainsi par exemple les exemplaires du magazine « Nouvelles Clefs » s’empilaient-t ‘ils aussi pas loin des factures, comme ceux du journal le Monde que je lisais tout à fait sporadiquement sans omettre tous les livres ouverts, romans, essais, recueils de poèmes à moitié lus qui jonchaient la surface de la plupart des meubles et même le sol.

A l’époque si je n’avais pas trop fait le con, j’aurais pu fonder une famille, acheter une maison, sans doute une voiture neuve, peut-être même un chien avec la niche et une sacrée provision de croquettes d’avance.

Mais je crois que tout cela m’effrayait surtout au plus haut point.

Le fardeau de responsabilités à endosser devait bien, pour abuser de la métaphore, ressembler à un énorme pachyderme que j’aurais évidemment tenté d’avaler tout rond pour m’en soulager coute que coute.

Mais voilà, dans le fond, une petite voix ne cessait pas pour autant de me dire :

— Rêve compte dessus et bois de l’eau !

Ah oui j’ai omis de dire que j’étais timoré et d’assez mauvaise foi quand je veux, lorsque ça m’arrange surtout.

En tous les cas la logique ne m’étouffait pas. Ce qui était assez rageant car j’ai toujours été un vrai tueur dans tous mes jobs. Je suis tout à fait capable, même doué , de faire preuve d’une efficacité redoutable, et d’une créativité qui m’impressionne encore certaines fois moi-même.

Mais dans ma vie de tous les jours, dans mes relations avec les autres et moi-même, sur le plan privé, j’étais une sorte de retardé mental.

Cela s’appelle le clivage, et si vous regardez attentivement autour de vous, vous verrez que je ne suis pas un cas si rare que ça peut en avoir ‘l’air à première vue.

Donc après avoir potassé mon problème en tache de fond, mine de rien durant des semaines, je déboule dans ce stage.

— L’organisation et le développement personnel sont liés, et là j’ai évidemment tout de suite été déçu de l’apprendre presque aussitôt que l’animateur ouvrit la bouche pour le déclarer.

Quelques mois auparavant je m’étais déjà tapé une formation de praticien en PNL ( programmation neurolinguistique, qui m’avait couté une autre compagne, un appartement, deux ou trois boulots, et mes géraniums et un gros crédit pas encore tout à fait remboursé)

Et je vis soudain à quel point, en un clin d’œil, que je ne voyais toujours pas à quel point j’étais de nouveau en train de me fourrer dans le même genre d’ineptie. Je le vis, j’eus cette intuition, mais je ne voulais pas en tenir compte. Vivre l’expérience jusqu’au bout ce pourrait être ma devise, ou casser la bouteille qui contient la connerie pour la faire.

Car évidemment, ça n’avait pas fait un pli, j’avais fini par conclure au bout du compte , mon certificat de maître praticien en poche, que tout ça n’était que du flan.

Il fallait absolument passer à autre chose, cette solution ne fonctionnait pas, le développement personnel , la programmation neuro linguistique, pouvaient surement me rendre riche, mais ça ne résoudrait jamais ma béance profonde. Car je me découvrais encore plus bordélique qu’avant à la fin de cette soi disant maîtrise obtenue.

Le clivage est très difficile à comprendre pour quelqu’un qui ne l’est pas, qui en ignore tout.

Pour donner un exemple c’est pouvoir être d’un coté perspicace dans de nombreux domaines qui ne nous regardent pas, et une brême pour tout ce qui touche de près à soi, et à soi dans le quotidien notamment.

L’apothéose des ravages du clivage se situe au niveau émotionnel. On peut à la fois être froid comme un lézard et chaud bouillant comme une langouste. C’est comme si sans arrêt, sans la pause du round, un match de boxe se déroulait dans le corps d’un seul boxeur, sans oublier le soigneur, l’arbitre et tout le tutti. A se flanquer des baffes.

— Pourquoi est-il si nécessaire de s’organiser ? demanda l’animateur, un quarantenaire jovial habillé sport au sourire éclatant.

— Pour gagner du temps dit une petite brune au premier rang

— Pour ne pas s’éparpiller dit un trentenaire presque totalement chauve.

— Pour atteindre un objectif ? lâché-je emballé par l’ambiance

— Voilà ! éructa le sportif en s’avançant prestement dans ma direction à une vitesse telle que j’eus immédiatement peur qu’il m’étreigne et me roule une pelle tellement il était content.

— Mais qu’est-ce qu’un objectif ? Il venait de freiner net à deux pas de moi et je vis ses sourcils se froncer d’un coup dans une grimace répugnante.

— Oui voici La question essentielle que tout le monde devrait se poser : celle de l’ O B J E C T I F.

Et il enchaina aussi sec sur la congruence. Ce qui fit que je regardais ma montre en me demandant à quelle heure on allait bien pouvoir déjeuner.

J’ai suivi le stage jusqu’au bout parce que je ne voulais pas avoir l’air con vis à vis de cette partie de moi-même qui se l’était payé.

On m’expliqua en long en large et en travers comment manger un éléphant alors que je préfère le bœuf, ce qui m’en apprit long comme le bras sur la notion de besoin dans la vie.

Au final je crois que j’ai enchainé avec une retraite dans un monastère bouddhiste pour examiner la notion de besoin plus attentivement. Je me suis mis à réduire mes besoins à leur expression minimum durant quelques temps. Et puis la vie étant ce qu’elle est, ou les vases communicants, allez savoir, j’ai trouvé une place de trader, j’ai amassé des montagnes de fric que j’ai presque aussitôt perdues l’année d’après en même temps qu’une autre maison, une autre compagne , et ce job lucratif évidemment.

A ce jour je n’ai encore pas réussi à me payer un chien ni à bouffer un éléphant, mais ce n’est pas grave, je me dis que le destin fait bien les choses, ce n’est pas vraiment un problème il y a beaucoup plus grave que ça dans l’existence.

« Quelque chose qui illumine »

Parfois c’est intéressant de revenir en arrière, d’explorer. Ainsi un premier texte concernant le projet de travail commun avec Georges remonte au mois de novembre 2020

Patrick Blanchon Blog Peintures chamaniques

Dans la notion du zéro, de cette idée de « repartir de zéro », de cette « pauvreté essentielle » dont parle le poète Georges Chich en prenant appui sur l’idée de visage, d’envisager le monde, il y a dans un même temps et dans un même lieu cette notion de retour et de départ. Et ce point peut-être n’importe où. Là où le désir existe encore. Un point né d’un double désir d’infini. Il peut également s’appuyer sur n’importe quoi comme sur quelque chose.

L’abstraction d’un point qui telle la particule se transforme sous le regard de l’observateur.

Brouhaha et silences sur le tamis de mailles fines de cette abstraction.

Comme les chercheurs d’or ont ce geste d’orienter dans plusieurs directions leur outil, de le secouer afin que l’eau lave la boue et la poussière, que les premières particules d’or scintillent.

Cette vie de chercheur d’or, d’alchimiste vaut mieux que l’or que l’on…

Voir l’article original 601 mots de plus

« Quelque chose qui illumine »

Dans la notion du zéro, de cette idée de « repartir de zéro », de cette « pauvreté essentielle » dont parle le poète Georges Chich en prenant appui sur l’idée de visage, d’envisager le monde, il y a dans un même temps et dans un même lieu cette notion de retour et de départ. Et ce point peut-être n’importe où. Là où le désir existe encore. Un point né d’un double désir d’infini. Il peut également s’appuyer sur n’importe quoi comme sur quelque chose.

L’abstraction d’un point qui telle la particule se transforme sous le regard de l’observateur.

Brouhaha et silences sur le tamis de mailles fines de cette abstraction.

Comme les chercheurs d’or ont ce geste d’orienter dans plusieurs directions leur outil, de le secouer afin que l’eau lave la boue et la poussière, que les premières particules d’or scintillent.

Cette vie de chercheur d’or, d’alchimiste vaut mieux que l’or que l’on peut y trouver. Trouver l’or n’est qu’anecdote. Quand le but se dérobe devant le chemin parcouru.

Ce quelque chose qui illumine ce chemin parcouru.

Non pas la nostalgie mais les retrouvailles.

Comme ce grain de poussière qui danse dans le raie de lumière.

Ici la mort et la vie s’étreignent comme deux compagnons.

Est ce un bonjour, un au revoir ?

L’idée du suicide flirte avec tous les désirs de recommencement.

Il y a quelques jours j’ai reçu ce coup de fil. Un de mes amis s’en est allé.

Je pense à lui en écrivant ces textes sur « repartir de zéro ». A la tentation du suicide également.

La liberté d’en finir comme l’ultime secousse de ces poissons soulevés des profondeurs dans la lumière. De ces poissons qui ne comprennent rien à l’oxygène à l’air lorsque on les extirpe de leur milieu habituel.

Cette secousse désespérée portée par l’espoir du retour.

Elan vital qui fait courir le lièvre et s’envoler la perdrix.

Je me sens si proche de cet élan ces derniers jours.

En finir pour s’engouffrer.

Pour s’enterrer le plus profond possible

Disparaitre.

quelle bravoure ou quelle lâcheté impose le simple fait de vivre

avec toujours ce point de bascule, ce point zéro depuis lequel le regard porte

vers les deux infinis.

Toute la difficulté de l’achèvement se relie ainsi à ce quelque chose par la pulsion d’urgence, de précipitation, d’oubli qui s’équilibre avec la lenteur la réflexion la mémoire que diffuse aussi ce point.

Vivre est peut-être que cela.

Trouver cette justesse cet équilibre entre urgence et lenteur, entre bravoure et lâcheté.

Courir vers l’autre, marcher vers l’autre ou le fuir et s’en détacher.

Pour résumer plus bref vivre ce n’est rien d’autre que l’autre. vivre l’autre.

Mourir est revenir à soi.

Revenir à l’océan, au ciel et peut-être qu’à cet instant on l’aperçoit enfin

ce grand serpent qui se mord la queue

L’ouroboros

celui qui se confond avec le dragon et l’aigle.

Toute la multitude de nos cauchemars et de nos rêves

projetée encore une dernière fois

Puis partir pour tout rejoindre de ce que l’on pressent depuis toujours.

La fatigue poussée à ce point ultime de l’être qui ne se résout plus au corps.

A la matière.

Qui cherche à s’en extraire en la rejetant comme un objet inerte, quelque chose d’inutile,

un véhicule bon pour la casse

C’est sans doute cela l’erreur ou le péché, la raison invoquée pour tenter de prémunir

le jusqu’au boutiste de se rendre au bout sur un coup de tête.

Même en réfléchissant profondément mourir n’a pas plus de sens que de vivre

vu par ce prisme.

Et dans ce cas autant vivre. C’est ce que je me suis toujours dit. Je l’ai ainsi échappé belle, de cette échappée belle dont on ne revient pas.

Il y a dans la vie comme dans l’art ce moment précis que l’on sent où le geste devient erreur. Retenir ce geste à temps c’est aussi cela l’art. Un art qui guérit peu à peu l’artiste qui s’y engage mais qui peut aussi le détruire d’un coup à la moindre inadvertance.

Un art qui peut à tous les instants nous échapper comme bon lui semble et qui justement le rend précieux pour cela.

Dans ce quelque chose qui illumine dans cette pauvreté qui éblouit la seule chose sans doute à faire est de s’habituer peu à peu à l’aveuglement pour parvenir à voir.

Non pas voir pour posséder pour s’emparer.

Voir comme le peintre, de petits coups d’œil pour estimer

la valeur

la proportion

la profondeur

Et toute l’illusion que cela peut produire sous le pinceau.

Quelques « bonnes » raisons de ne rien faire ( sans se fâcher avec tout le monde)

Il faut, c’est impératif, indiscutable généralement, à moins d’aimer les conflits et de ne pas avoir peur d’y participer.

Il faut faire, il faut travailler, il faut aimer ou détester, il faut que tu fasses ceci ou bien cela et en plus avant telle heure, avant telle date, avant que nous nous retrouvions ou que nous nous séparions…

Il comme une île qui chercherait un lien avec le continent des autres dans le faire

La faux de la mort, le balancier de la pendule

Mon Dieu comme tout ceci au début est angoissant !

Et à la fin aussi.

Pour être accepté,

Pour être aimé,

Pour exister,

Pour se prouver à soi, pour prouver à l’autre

Il faut faire un tas de choses comme autant de preuves à fournir au grand procès perpétuel initialisé de tout temps par le grégaire.

Et si soudain tu t’en fichais complètement ?

Et si tout à coup tu te retrouvais dans une dimension parallèle et que tu sois soudain doté de cette ubiquité magistrale qui te permettrait de constater l’agitation générale, toutes ces trajectoires plus ou moins ordonnées, poussées par des désirs, des besoins tout aussi désordonnés pour la plupart.

Un point fixe qui regarde la danse des électrons, solitude hermétique de l’atome suçant le téton de cette paix sidérale lovée au sein même de tout mouvement

Alors par jeu, un jeu éminemment sérieux il suffirait de se trouver quelques raisons de s’arrêter, quelques raisons pour regarder, quelques raisons de ne rien faire.

1.Pourquoi faire quelque chose plutôt que rien ?

C’est dimanche et tu es réveillé, tu viens de prendre ton café, peut-être une ou deux tartines, et si tu es fumeuse, fumeur, sans doute as tu déjà depuis longtemps éprouvé ce plaisir fugace comme désolant d’avoir fumé ta première cigarette de la journée.

C’est dimanche et le temps semble s’étendre à première vue à l’infini.. l’infini s’appelle en général lundi.

Il ne faut pas y penser et c’est déjà un il faut en creux.

Sortir dehors pourrait être bénéfique, pourrait un instant réveiller la peau, et sous celle ci les muscles, le squelette tout entier. Immersion dans le froid du petit matin comme on se lave de la nuit, sous la douche, dans un bain.

Une douche c’est plus facile, plus rapide.

Sortir dehors un instant pour avoir ce plaisir de revenir dans la maison au chaud, dans la chaleur rassurante, maternelle du foyer.

Sortir mais déjà pas pour rien, pour quelque chose d’indéfinissable qu’on ne cherche pas à définir.

Il faut sortir pour pouvoir entrer à nouveau et éprouver le plaisir du retour.

entre les deux une sorte de blanc comme une phrase à trous que l’on ne chercherait pas à boucher si l’angoisse du vide ne venait pas pointer le petit bout de son nez.

Et si soudain on découvrait comme par inadvertance les raisons cachées, profondément dissimulées derrière le fulgurance de certaines actions ?

Et si ces raisons soudain découvertes, annihilaient toute velléité d’action, sans doute ne resterait-il plus que cette angoisse d’avoir à « passer le temps » et la peur panique de mourir.

N’est ce pas la première raison de ne rien faire aujourd’hui que de regarder calmement dans les yeux cette peur perpétuelle de « perdre son temps » et de disparaître en se trompant sur toute action que nous opposons et dans laquelle nous disparaissons d’une certaine façon aussi ?

Quelle disparition alors sera la plus nourricière ? Celle que l’on ne cesse de projeter dans un à venir ? Celle de l’ici et maintenant pour s’enfuir de l’avenir?

Métaphysique du matin, chagrin.

2 On ne fait pas toujours ce qu’on veut.

Mais que veut-on vraiment ? Quels sont ces buts que l’on se fixe, à court moyen ou long terme ? Quelles sont ces projections de nous-mêmes dans l’illusion du temps ? Nous « aimerions » bien sur avec des conditions, toujours des conditions, partir d’un point A pour parvenir à un point B, inventant la distance, inventant l’espace…et l’intervalle dans lequel peu à peu germinera l’espoir pour enfin atteindre la taille nécessaire de l’évidence.

Ainsi le postulat de savoir ce que l’on veut serait-il incontournable.

Et lorsque quelque chose qu’on ne veut pas advient comme c’est toujours généralement le cas, la mâchoire se crispe, les poings se serrent, le rythme cardiaque s’accélère. Nous sommes désarçonnés quand ce que l’on ne veut pas advient nous ne savons pas « faire » autre chose que de lui opposer une résistance.

Alors on finit par faire attention, à tout préparer à l’avance, ne plus laisser de place au hasard, et si par hasard justement un grain de sable enrayait la belle mécanique que nous avions huilée, alors notre responsabilité s’en sortirait indemne, nous n’y serions pour « rien »

ce ne serait pas de notre « ressort », de notre « faute ».

Il y aurait ainsi une fatalité pour expliquer le manque de continuité entre le désir et sa satisfaction, dont nous serions les victimes ce qui nous permettrait quand même d’avoir une position, une place, un lieu dans le fatras, dans le désordre de l’insignifiant que nous n’acceptons pas.

l’organisation est une langue que nous nous inventons à nous mêmes pour ne pas écouter celle du hasard.

Dans la tour de Babel dans laquelle nous vivons les uns contre les autres plutôt que les uns avec les autres tout est affaire de langue, chacun la sienne contre toutes les autres comme la représentation miniaturisée d’un son surgissant ou s’évanouissant du silence.

Musique dans laquelle l’harmonie est toujours à venir une fois l’ensemble des dissonances perçu comme le chant des sirènes et au delà encore de celui ci, un chant d’amour.

On ne fait pas toujours ce qu’on veut parce que l’amour est vaste et bien dissimulé au delà du hasard, du désordre, et des fausses notes.

On ne fait pas toujours ce qu’on veut parce nous ne savons pas vraiment ce que « on » veut.

Nous n’en avons pas la moindre idée parce que nous ne nous rendons pas compte que nous appartenons à une idée magistrale, une idée gigantesque, une idée qui nous dépasse.

alors oui, « on » ne fait pas ce qu’on veut parce que « on » dans le fond, ne veut rien. Il donne sans relâche et nous sommes incapables de nous en rendre « compte ».

Nous pensons. Mais notre pensée n’est pas le bon outil pour savoir ce que l’on veut.

D’ailleurs c’est de là, de la pensée quand elle tourne en boucle que l’on extirpe cette expression facile, confortable, « je ne sais pas ce que tu veux » je ne sais pas ce que je veux » comme un aveu d’impuissance dont la plupart du temps quand nous ne sommes pas dissipés par la colère nous laisse dans la honte, dans la culpabilité.

3 Ce que veut l’autre.

Il se pourrait qu’à certain moment de mon existence, j’ai glissé dans ce que l’on appelle la paranoïa. Je pourrais aussi m’arrêter à la définition proposé par les plus hautes instances médicales et me fier à celles ci, constatant contrit une maladie, encore une fatalité de plus.

J’ai souvent eu cette impression que les autres exigeaient sans arrêt quelque chose de moi. et si par amusement, par sérieux, par étonnement, je tentais de nommer ce quelque chose , il s’est toujours avéré que j’avais l’art de tomber « à coté de la plaque ».

Oui je me suis imaginé paranoïaque et aussi parfois complètement con.

J’avais cette impression de ne pas savoir faire mouche, de toujours tirer à coté… quelle interminable série de ratages et d’échecs avec ce que j’appelle les autres.

Pour ne pas y laisser trop de plumes, pour me reconstituer après tant de dissolution, j’imaginais qu’il ne servait à rien de me taper la tête plus longtemps contre les murs. Il me fallait une grotte, la plus profonde, la plus isolée possible afin de ne plus trouver la moindre personne face à moi exigeant je ne sais quoi.

Cette volonté des autres aspiraient perpétuellement mon âme comme un vampire mais ce n’était pas mon sang qu’ils désiraient si ardemment non. C’était une sorte de vide à cheval tantôt sur un je m’en foutisme prodigieux et une attention exacerbée à ne me concentrer que sur l’insignifiant, le détail, ce qu’on ne veut jamais voir en fait.

Dans le fond j’étais quelque chose comme un objet évadé d’un cabinet de curiosité dont ils auraient voulu s’emparer pour me mettre sous verre.

Paranoïa bien sur … moi j’y ai senti toute autre chose

Quelque chose d’inconscient dissimulé sous leur volonté et qu’ils ignoraient totalement

sous la paranoia je n’ai vu que de l’amour mal compris, que de l’exigence déplacée, sous la paranoia j’ai découvert un ordre au fond de moi sous tout le désordre que je pouvais déployer « en apparence » j’ai découvert qu’il y avait un lieu de silence et paix de compréhension immense qu’ils ne devaient pas atteindre, qu’ils ne devaient pas déranger.

Et aussi qu’ils cherchaient au fond d’eux mêmes sans relâche sans jamais pouvoir l’atteindre et ils reportaient cette impuissance sur moi, pauvre bougre, qui sans doute par je ne sais quelle pirouette, je ne sais quel miracle les avaient incité inconsciemment à espérer.

Dans ce lieu je ne cesse jamais de me ressourcer, de revenir autant que je le peux.Ce que veulent les autres, je le sais c’est ce lieu en eux qu’ils ne parviennent pas à atteindre.

J’ai décidé que je n’y étais pour rien.

4 L’alignement des planètes.

C’est comme ça, il y a une étoile, de la gravité, et autour tournent les planètes avec leurs satellites, cela dure depuis le début et ça risque encore de durer bien longtemps …

Pour que tout se passe sans anicroche la distance est nécessaire, chacune sur son orbite un point c’est tout, on ne se rentre pas dedans.

ce que tu veux c’est ton orbite à toi, pas de raison de te déranger pas plus que tu n’en aurais de me déranger non plus.

Nous n’avons absolument aucune nécessité de nous déranger dans le fond des choses.

alors si tu me dis qu’il faut que je sorte la poubelle, je comprends que c’est quelque chose que je pourrais ne pas faire et qui ne manquerait pas de créer une collision. Çà nous dérangerait tous les deux.

Dans le fond sortir la poubelle je m’en fiche. Cela n’entre ni dans la catégorie de ce que je veux ou ne veux pas. Sortir la poubelle c’est respecter une distance entre toi et moi. Je ne m’en remets pas à toi et tu peux bien t’en remettre à moi si tu penses que c’est juste…ça ne me dérange pas. Je maintiens ma vitesse, et ma distance en le faisant plutot qu’en ne le faisant pas car cela me freinerait tout simplement.

Il n’y a pas d’enjeu, je n’en pose pas dans cette acte quotidien, il n’y a pas matière à discuter la dessus.

5 Ne rien faire pour toi ou ne rien faire pour moi ?

Circé était belle, son regard apaisait Ulysse comme tous les mets succulents qu’elle inventait et plaçait devant lui et que lui demandait t’elle en échange sinon de renoncer à la quitter, de renoncer à retourner chez lui, à Ithaque.

tous ses compagnons dehors transformés en bêtes, des gorets, des chiens, des lions ou des ânes.

Dans cette étape où Ulysse rencontre la volupté et dont il profite assurément, il ne se laisse pas embobiner. Il n’a qu’un seul désir c’est retourner chez lui.

Tous les marins qui l’accompagnent ont oublié ce désir et se seront vautrés dans le confort et l’indolence, dans la paresse d’esprit que l’on appelle l’insouciance.

Mais dans le fond quelle différence cela fait-il vraiment ?

L’insouciance et retrouver le confort d’un chez soi ne sont ils pas étroitement liés dans l’idée du repos.

Quelle est donc cette idée de repos dont l’autre sans relâche ne cesse de vouloir m’éloigner afin de me transformer en âne ou en lion ?

Serait ce ne rien faire pour moi que de me trahir dans ce cas d’oublier de retourner vers Ithaque ?

En quoi cela serait il honteux, invivable d’être âne ou lion et même goret ?

Abandonner cette idée de retour serait ce trahir une mission ? laquelle sinon celle que j’ai inventée de toutes pièces afin de me construire ma propre légende ?

Si Ithaque et la mort ne sont qu’une seule et même chose c’est de conscience alors qu’il faudrait parler.

Maintenir sa conscience jusqu’à son dernier souffle pour observer le passage de l’être au néant, est ce vraiment si essentiel que cela ?

Circé m’appelle de temps en temps, je vois son nom s’afficher sur l’écran de mon smartphone mais je ne fais rien. Je ne décroche pas. J’ai décidé désormais que le souvenir de nos amours se trouvait dans le silence, dans cette distance entre nous. Le souvenir de l’amour n’est ce pas encore et toujours de l’amour ?

Je n’ai plus ce désir comme auparavant d’atteindre Ithaque, je chemine plus lentement et je vagabonde gentiment en slalomant entre les milles et unes volontés du monde s’adressant à moi en les congédiant poliment c’est aussi une façon de congédier celles qui parfois résident encore en moi et qui chantent leur chant d’incohérence.

Je suis cet homme qui ne veut rien parce que dans le fond il s’attend seulement à tout.

L’art du temps.

 

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Le temps, quatrième dimension de notre espace, désormais appelé « espace-temps » est un paramètre incontournable en peinture.

En combien de temps vais-je réaliser cette toile? devrait être une contrainte que le peintre se donne pour calmer son excès de liberté et sa toute puissance créatrice.

Il est logique de penser qu’une oeuvre d’art  nécessite des dizaines d’heures de travail et qu’a contrario trois lignes placées au fusain sur une feuille de papier ne prennent que quelques secondes, ce qui ne retire en rien à la beauté et à l’émotion que ces trois lignes peuvent susciter .

En fait les deux se valent. L’un n’est pas plus « beau » ou « expressif » que l’autre dans l’absolu. Ces deux œuvres ne sont que des émanations du temps dont disposait leur auteur pour les exprimer.

Dans mes cours de peinture cette contrainte du temps, j’ai finit par la proposer aux élèves qui malgré un plan de réalisation assez précis parfois pouvait étendre la réalisation d’un tableau sur plusieurs mois, suivant le format choisi, la technique utilisée,  leur motivation comme leur assiduité.

Je veux faire ça !

Ok mais en combien de temps ?

Et là cette question oblige à prendre en compte quelque chose d’autre : Evaluer la durée

De là à  imaginer un art du temps il n’y a pas bien loin.

Lorsqu’on travaille à l’huile il est souhaitable d’entreprendre plusieurs tableaux en même temps suivant les temps de séchage assez longs. Plusieurs formats également, changer le format peut accélérer ou ralentir le temps. Choisir aussi des supports inédits qui font qu’on leur attribue une plus ou moins grande importance ( feuille de journal, carton, bristol récupéré, papier d’emballage etc ) car l’importance qu’on accorde ainsi permet de traverser des frontières inédites également. Celles du mental notamment dont la propriété est de tout passer au tamis de son contrôle.

En Asie, l’art du temps est plus un art du temps présent, de l’immédiateté, mêlé à la contrainte du geste juste. Mentalité différente de la notre avide de résultats immédiats, les peintres travaillent d’abord la notion d’immédiat sans recherche de but. Il faudrait un jour qu’un peintre se fasse creuset et réunissent ces deux approches du temps… Peut-être Fabienne Verdier y parvient elle mais encore isolée son travail devrait attirer plus de peintres à tenter l’expérience alchimique.

Dans cet art du temps il est d’ailleurs possible que le mental soit le cyclope à enivrer afin que l’intuition agile et ses compagnons l’audace, la fulgurance, la vitesse et la souplesse puissent enfin respirer à l’air libre.